C’est l’avocat Jacques Emery qui l’affirme. Son client, Majd, le jeune «djihadiste biennois» contre lequel la Suisse a prononcé une interdiction d’entrée de plusieurs années, n’est plus retenu dans la prison pour criminels dangereux de Kamiti, à Nairobi: il est de retour dans une cellule d’un commissariat de police où il avait préalablement déjà été enfermé. «Les Suisses viennent d’essayer d’obtenir son expulsion vers un camp de réfugiés au Kenya sous protection des Nations unies, mais le HCR s’y est opposé. L’ambassadeur de Suisse au Kenya, Jacques Pitteloud, aurait aussi tenté, sans succès, de le faire renvoyer vers la Jordanie», assure l’avocat.

Il ajoute avoir également appris que les Suisses auraient «essayé de demander la réouverture de la procédure pénale contre Majd au Kenya». Jacques Emery n’a jamais été en contact direct avec Majd. Il s’est en revanche entretenu jeudi avec son avocate kenyane, qui lui a fourni ces informations.

Le Jordanien de 20 ans représente un casse-tête pour les autorités. Il est accusé d’avoir combattu aux côtés des milices islamistes d’Al-Shabaab en Somalie et a fréquenté plusieurs djihadistes étrangers peu recommandables. C’est pour ces raisons que les autorités fédérales jugent qu’il représente un danger pour la sécurité de la Suisse. Arrivé comme réfugié en Suisse avec sa famille qui a fui la Jordanie, il ne peut théoriquement pas être refoulé vers son pays d’origine. Et le Kenya souhaiterait aussi s’en débarrasser.

Démentis du DFAE

La famille de Majd, jusqu’ici très discrète, tente de médiatiser toujours plus l’affaire. Le 7 février, lors d’une conférence dans l’étude de Jacques Emery, un document très accusateur envers l’ambassade de Suisse au Kenya avait été distribué aux journalistes. Le fait que Jacques Pitteloud aurait menacé de renvoyer Majd en Jordanie y figurait déjà. Le Département fédéral des affaires étrangères avait alors clairement qualifié ces accusations d’«infondées».

Contacté de nouveau vendredi , le DFAE confirme uniquement que Majd a bien été transféré de Kamiti à un poste de police. «Seules les autorités kenyanes peuvent expliquer les raisons de ce transfert», précise un porte-parole. A la question: «Est-il exact que le HCR s’est opposé à la demande suisse de transférer Majd dans un camp?», il répond: «Non». Idem concernant les accusations d’avoir tenté de le faire renvoyer en Jordanie. Le DFAE précise en revanche que Majd a reçu la visite d’un membre de l’ambassade jeudi.