Dans deux ans et demi en principe, pour autant que les procédures préparatoires se déroulent selon le calendrier prévu - le Grand Conseil bernois doit adopter une loi spéciale -, la ville de Moutier choisira si elle reste bernoise ou si elle opère un transfert dans le canton du Jura. Elle a fait la demande formelle de s’autodéterminer ce printemps.

Les élections locales de ce dimanche ont constitué un test de première importance pour les camps loyalistes bernois et autonomistes. Première indication: les électeurs se sont très moyennement sentis concernés par les élections locales, avec un taux de participation de 51%. L’absence de duel pour la mairie, où le socialiste autonomiste Maxime Zuber, 51 ans, a été reconduit tacitement pour un sixième mandat de quatre ans, a rendu la campagne plutôt terne. Le fait que Maxime Zuber Zuber ne soit pas combattu a certainement réduit la mobilisation dans le camp autonomiste.

Au final, ce dimanche, le camp favorable au transfert cantonal de Moutier l’a emporté, confortant une majorité en place depuis près de trente ans. Mais une majorité aux pieds d’argile. En 2006, l’Entente autonomiste pesait 61,2%. En 2010, elle en était à 59,4%. Ce dimanche, elle s’est encore contractée, à 58%. Les écarts ne sont certes pas significatifs, mais la courbe à la baisse de la majorité autonomiste rend le pronostic du tranfert cantonal encore plus difficile. «L’Entente jurassienne entre dans la zone rouge», écrit le Quotidien jurassien ce lundi matin.

Le 24 novembre 2013, lors du scrutin au cours duquel le Jura et le Jura bernois pouvaient lancer un processus de création d’un nouveau canton du Jura réunifié, processus nettement rejeté par le Jura bernois, à 72% - et donc abandonné -, Moutier avait voté pour le Jura, pour la première fois de son histoire, à 55%. Les observateurs avaient déjà relevé que la majorité séparatiste de Moutier était en recul.

Le pronostic sur le vote d’autodétermination de 2017 s’annonce d’autant plus incertain que les loyalistes bernois sont en progrès et dépassent les 30%. L’UDC progresse de 4% et remporté trois sièges supplémentaires au législatif local. Elle en prend notamment un aux libéraux-radicaux, eux aussi défenseurs du maintien de Moutier dans le canton de Berne. Un législatif où la majorité autonomiste passe de 25 à 24 sièges, sur 41, le Parti socialiste autonome du maire Zuber perdant deux fauteuils, dont un au profit des jeunes séparatistes du Rauraque. Détail piquant, le siège gagné par le Rauraque va à la fille du maire, Marina Zuber! L’autre fils de Maxime Zuber, Valentin, fait lui aussi son entrée au Conseil de ville, sous les couleurs du PSA.

A Moutier, le combat politique se radicalise autour de la question jurassienne. Le groupe «Interface» qui dit s’être émancipé de la Question jurassienne (même si la majorité de ses membres n’est pas favorable au changement de canton), subit un net recul, à 11,2%.