Il y a 20 millions d’années, la place de La Sallaz à Lausanne se trouvait sous la mer. On y a retrouvé des dents de requins et des fossiles de coraux. Quelle meilleure raison pour y créer une plage «éphémère» durant l’été?

La Ville a présenté ce vendredi matin son concept pour animer l’endroit en attente de transformations depuis 2003. Au nord de la capitale vaudoise, la place mal-aimée de 15’000 m2 – alors qu’elle était florissante jusqu’au tout voiture des années 1960 – périclite depuis que plusieurs lignes de bus y ont disparu avec l’inauguration du métro. Avec l’ouverture de la route de contournement, le trafic des voitures y a été interdit l’an dernier.

Sable fin, parasols, bars, verres fabriqués à partir de noix de coco, fleurs et petits chalets se partageront la place durant l’été, de 11h à 22h. Budget de ce projet imaginé en 6 semaines: 140’000 francs. Tout se fait avec les commerçants du quartier qui disent avoir de la difficulté à survivre.

L’idée de la ville est de redonner un semblant de vie à La Sallaz. A force d’oppositions et d’hésitations des propriétaires concernés, la transformation de la zone est plus que retardée. Elle avait débuté en 2003. Le calendrier actuel espère un début des travaux en 2014 et leur fin en 2017.

A terme, le nord et le centre de la place accueilleront les bus, dont une partie des voyageurs transitera vers le métro M1, et un espace public pour les piétons. Le sud sera plus résidentiel, avec des plantations et des places de parc.

Un village devenu un désert

Pour les Lausannois, La Sallaz représente la grisaille des hauts de la ville, où règnent les voitures qui filent de l’autoroute vers le centre. Jusqu’aux années 1960, elle était un quartier florissant. Elle voyait notamment passer le tram en direction de Moudon, se souvient Bernard Bressenel, président de la Société de développement du quartier et de l’Union des Sociétés de développement de Lausanne.

Habitant La Sallaz depuis sa naissance en 1943, il se réjouit que la ville «ait pris ses responsabilités». Pour lui, sa place est devenue un «désert». Avant les années 1960, un projet de tunnel pour le tram en direction du Vallon avait même été imaginé.

Depuis, le kiosque central a été démoli, l’auberge et le relais pour les chevaux ont disparu. «Petit à petit, on est passé à une place dédiée à la circulation, la circulation et la circulation, raconte Bernard Bressenel. La Sallaz était un vrai village. La construction de nouveaux quartiers du nord de Lausanne l’a vidée peu à peu.»

«Une autre image à donner»

«C’est un espace à faire vivre», souligne le libéral-radical Olivier Français, municipal à la tête des Travaux publics. «Il y a une autre image à donner, les habitants aspirent à cette mutation.» Presque tout un côté de la place est vide. Pour transformer ses bâtiments, UBS a résilié les baux des locataires.

Pour le magistrat, d’autres grands chantiers pourraient accueillir le concept. Exemple: la place du Tunnel, à deux pas de la Riponne, qui a besoin d’une réfection, ou encore le tracé du futur tram T1 en direction de Renens.