Jamais à court d’une agitation politique, le Mouvement Citoyens genevois (MCG) a trouvé une nouvelle cible: le local d’injection de drogue «Quai 9», situé derrière la gare de Cornavin. Dans une motion déposée hier, la formation populiste exige sa fermeture «sans délai». Principal motif: une arrestation a eu lieu mardi à proximité du lieu, suite à un trafic d’héroïne. En soi, le fait n’est pas inhabituel. Mais cette fois, le vendeur serait le responsable de la buvette du Quai 9, accuse le MCG. Une affirmation contestée par Christophe Mani, responsable du local d’injection, qui assure que le vendeur était en réalité un usager. Montée en épingle ou pas, l’affaire risque de susciter le malaise autour d’un dossier très délicat.

Un petit job au bar

Du côté de la police cantonale, on se montre discret, enquête en cours oblige. Le porte-parole, Patrick Puhl, confirme que des interpellations ont eu lieu mardi soir autour de Quai 9: «Des personnes ont été prises en flagrant délit de vente d’héroïne.» Une d’entre elles vendait le produit. La police ne s’étend pas sur son profil.

Selon Christophe Mani, il ne s’agissait pas d’un membre du personnel de Quai 9. «C’est un usager qui a participé au trafic de stupéfiants.» Un usager qui travaillait de temps en temps au bar du local. «Il participait à ce qu’on appelle «un petit job», comme d’autres prennent part au ramassage des fringues dans le quartier. Il s’agit de responsabiliser les toxicomanes et de porter leur attention sur autre chose que la drogue», explique le responsable. La personne interpellée était nouvelle au bar, «elle y avait travaillé trois ou quatre fois à raison d’une heure».

Des explications qui ne calmeront sans doute pas le MCG, qui n’avait pas pris la peine de contacter Quai 9 avant de communiquer, selon Christophe Mani. Appliquant le principe de la préférence genevoise jusqu’aux toxicomanes, le parti affirme que le local subventionné par l’Etat «ne remplit pas sa mission de soin et de prévention pour les toxicomanes locaux». Car 80% d’entre eux viennent de France, clame le parti. Le Quai 9, où les drogués peuvent faire leurs injections et inhalations gratuitement avec du matériel stérile, serait devenu «un haut lieu du trafic de drogue à Genève». Une situation aggravée depuis un reportage de la chaîne française M6 qui faisait état de l’existence du local, selon le MCG. De son côté, Christophe Mani estime à 15-20% la proportion d’usagers français. «L’an passé, il y a eu plus de nouveaux Vaudois que de Français. Laisser croire que la drogue est un problème d’étrangers est aberrant.»

Fragile équilibre

Les arrestations brandies par le parti inquiètent le responsable, conscient que l’affaire «pourrait nuire à l’image de Quai 9». Loin de faire de l’angélisme, il admet qu’avec une centaine de visites par jour, le risque zéro n’existe pas en matière de trafic. «C’est ici que les gens consomment.» Mais tout est fait, dit-il, pour limiter les dérives: un agent de sécurité patrouille, et «des arrestations ont lieu de temps en temps».

Car le dispositif repose sur un fragile équilibre, entre la volonté de réduire les overdoses et cas de transmissions du sida, et la nécessité de ne pas indisposer le voisinage et d’assurer la sécurité. Pour la police, la pesée des intérêts est constante entre l’obligation de répression et la tolérance face à un lieu jugé indispensable par les autorités dans le cadre de la politique des quatre piliers, le local s’inscrivant dans la réduction des risques. A Lausanne, un dispositif similaire au Quai 9 avait été rejeté par le peuple en 2007.