Les opposants aux accords bilatéraux avec l'Union européenne ont annoncé que 3000 médecins, vétérinaires et dentistes ont soutenu leur référendum (Le Temps de lundi). «Les médecins se sentent mal à l'aise», explique Jean-Jacques Hegg, de Dübendorf, leur porte-parole au sein des référendaires. «Il y a 10 000 médecins au chômage en Allemagne. Nous sommes déjà contactés par des collègues qui veulent savoir quand ils pourront ouvrir des cabinets en Suisse.» Cette «tendance à l'immigration» inquiète essentiellement les cantons limitrophes orientaux et le Tessin.

Reste qu'aucune organisation professionnelle n'a pris position à propos du référendum. La fédération faîtière, la FMH, réserve encore son jugement mais tout indique qu'elle ne cherchera pas à intervenir dans le débat. Son vice-président et conseiller national radical Yves Guisan estime que beaucoup de ses collègues «sont proeuropéens». A ses yeux, l'opposition aux accords traduit un malaise plus général lié à la pression sur les coûts et aux difficiles négociations du tarif médical. En outre, ces praticiens craindraient moins l'invasion de collègues ou de vétérinaires créant ex nihilo leurs cabinets que l'émancipation des nombreux médecins assistants qui travaillent dans les cliniques helvétiques – plus de 2000 pour les seuls Allemands, réputés pour être aussi bon travailleurs que peu rémunérés. Yves Guisan ne croit toutefois pas à un afflux massif: les difficultés que rencontre un médecin provenant d'un autre canton laissent imaginer celles auxquelles un ressortissant de l'UE devrait faire face: «Sans appui, on a toutes les peines du monde.»

Longtemps président des médecins genevois, Claude Aubert approuve: «La concurrence vient plutôt des praticiens qui demeurent en zone frontalière, s'épargnant le coût de la vie en Suisse.» Tout en approuvant les accords, ce psychiatre relève toutefois le «paradoxe» suisse: «Les autorités fédérales se plaignent de la saturation du marché tout en levant toutes les barrières.» Il relève d'ailleurs que la plupart des pays européens contingentent leur population médicale par le biais de tests de langue ou d'examens de médecine légale. «Notre pays est le plus exposé à la concurrence parce qu'il n'y a pas de barrière linguistique», insiste de son côté Jean-Jacques Hegg. Pour qui une concurrence accrue ne servirait pas non plus l'intérêt du patient-client: «Une offre plus importante provoque une consommation en hausse, donc une augmentation des primes.»