Valais

Le malaise du parlement face au centre de détention de Granges

Pour la quatrième fois en dix ans, un rapport dénonce les conditions de détention du centre de Granges. Le gouvernement promet des améliorations. Elles dépendront du débat parlementaire sur le budget

Les députés se disent «choqués» ou «étonnés». Plus que les faits, c’est l’inaction de l’Etat qui interpelle. Locaux vétustes et soins sommaires: ce mardi, le parlement valaisan débattait un rapport de la Commission de justice qui traite du centre de détention administrative de Granges, où sont surtout incarcérés des requérants d’asile qui attendent leur renvoi. Ses conclusions déplorent un manque de volonté politique: «La question est discutée depuis bientôt une décennie, sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise jusqu’ici.»

En 2008, le Comité européen pour la prévention de la torture rédigeait un premier rapport accablant. Deux ans plus tard, la Commission nationale de prévention de la torture décrivait des traitements dégradants: «Il y a lieu de prendre des mesures visant à assouplir les conditions de détention.» En 2012, elle constatait que ses 12 recommandations n’avaient jamais été appliquées. Pourtant, elles «pourraient être mises en œuvre sans grands efforts et avec peu de moyens financiers».

Pétition des détenus

Le centre de Granges revenait hanter le Grand Conseil en septembre 2016, quand neuf détenus lui adressaient une pétition qui demandait «que des mesures soient prises urgemment afin de remédier à une situation contraire au respect de la dignité humaine». Dans les jours qui suivaient, encore ministre de la Sécurité, l’UDC Oskar Freysinger répondait au Temps: «La prison, ce n’est pas le Club Med, que je sache!»

Sur cette affaire: Oskar Freysinger: «La prison, ce n’est pas le Club Med, que je sache»

Des travaux ont été effectués en janvier, mais ces anciens abattoirs reconvertis ne sont toujours pas conformes à la législation. En avril dernier, un jeune Marocain boutait le feu à sa cellule. Le mois passé, le Tribunal fédéral tançait un juge valaisan qui n’a pas pris la peine d’investiguer quand un Cap-Verdien dénonçait une violation de la Convention européenne des droits de l’homme. Selon Le Nouvelliste, un requérant d’asile togolais y mène une grève de la faim en ce moment.

Egalement sur cette affaire: Un juge cantonal valaisan se fait taper sur les doigts

L’embarras du Grand Conseil

Ce mardi, de nombreux parlementaires semblaient embarrassés. L’UDC relève que «le rapport de la Commission de justice contient des approximations». Pour le PLR, «on fait ce que l’on peut avec ce que l’on a». Les démocrates-chrétiens du centre acquiescent: «Il est difficile de composer avec le manque de moyens.» Les socialistes préviennent: «Ce rapport ne doit pas finir dans un tiroir, comme les précédents.» Pour les Verts, «le gouvernement a changé et il peut montrer que la volonté politique a elle aussi changé».

Dans l’immédiat, le nouveau ministre de la Sécurité, Frédéric Favre, promet de nouvelles améliorations: «Tout le monde a droit à des conditions de vie humaines.» Le libéral-radical insiste néanmoins: «Nous devons limiter les risques de fuite et il sera compliqué de conjuguer confort et sécurité.» Il espère pouvoir construire un nouveau bâtiment, «plus adapté», avant 2025. Les députés qui se sont dits choqués ce mardi en décideront, au moment de débattre le budget.

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