Pour la première fois depuis 2008, et pour la deuxième fois seulement depuis l’introduction de l’assurance obligatoire en 1997, les primes baissent! En 2022, la prime mensuelle moyenne s’élèvera à 315 francs, en recul de 0,2% par rapport à 2021. Cette bonne nouvelle est due au fait que les assureurs ont suivi l’injonction du ministre de la Santé, Alain Berset, d’éponger une partie de leurs réserves. Les quelque 50 caisses réduisent ainsi celles-ci de 380 millions. Mais la polémique à leur propos n’est pas près de s’apaiser. «Une si petite réduction par rapport aux 6 milliards de réserves excédentaires est un scandale», tonne le vice-président de la FMH, Michel Matter. Ces réserves atteignent en effet un nouveau record, grimpant à 12,4 milliards de francs à fin 2020, contre 11,3 milliards une année auparavant.

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Une fois n’est pas coutume, les cantons romands peuvent eux aussi se réjouir de la bonne nouvelle, puisque la prime moyenne baisse dans la même proportion que la moyenne suisse, et même plus fortement à Genève (-1,5%) et en Valais (-0,8%). C’est la Suisse alémanique qui subit cette fois un effet de rattrapage, Obwald et Glaris voyant leurs primes augmenter de plus de 1%.

Commentaire: Si tous les cantons romands vont connaître une baisse de la prime moyenne, ils demeurent toujours parmi les cantons où la cotisation est la plus élevée (d’où leur place en bas du tableau). Genève, Neuchâtel, Vaud et Jura font partie des cantons avec la prime moyenne d’assurance maladie la plus élevée.
Le graphique ci-dessous illustre les disparités entre cantons et caisses maladie pour une même prestation de l’assurance obligatoire des soins. 
Cliquer sur le nom d’une assurance permet de visualiser simultanément son positionnement dans chaque canton.

Un concours de circonstances favorables

Il faut en être conscient: cette baisse des primes résulte d’un concours de circonstances favorable. Si les réserves ont encore gonflé, c’est d’abord en raison d’une baisse des prestations médicales de 725 millions due à la pandémie, et ensuite grâce à des gains en bourse pour 370 millions. Au total, les bons résultats de ces dernières années ont permis aux caisses de faire des investissements qui se sont chiffrés à 4 milliards en dix ans, d’où l’explosion des réserves.

Cela dit, cette baisse est aussi l’aboutissement d’un long bras de fer entre Alain Berset et son Office fédéral de la santé publique (OFSP), d’une part, et les caisses, d’autre part. Voilà un an, le ministre de la Santé a tiré la sonnette d’alarme: 5 à 6 milliards de réserves en trop par rapport au minimum légal, c’est «politiquement inacceptable», estime-t-il. Au printemps dernier, le Conseil fédéral accouche d’une révision de l’Ordonnance sur la surveillance de l’assurance maladie, qui abaisse notamment le seuil minimal des réserves de 150 à 100%. Mais comme celle-ci ne contient que des mesures non contraignantes, quelques voix critiques s’élèvent craignant qu’il ne s’agisse là que d’un «tigre de papier». Cela n’a pas été le cas. A l’évidence, le message d’Alain Berset a enclenché une dynamique positive auprès des assureurs.

Des réformes en panne

Dans l’ensemble, l’annonce de cette baisse a été saluée. Mais plutôt qu’une franche satisfaction, c’est le soulagement qui domine. «Ce n’est qu’une toute petite éclaircie», relève l’Union syndicale suisse (USS). Celle-ci fait remarquer que pour de nombreux ménages, la charge des primes atteint déjà 20% du revenu disponible, soit un «niveau insupportable». L’USS s’avoue déçue du contre-projet du Conseil fédéral à l’initiative du PS, qui veut limiter le poids des primes à 10% du revenu. «La Confédération ne veut pas dépenser un centime de plus pour les réductions de primes», s’offusque l’USS.

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De son côté, la Fédération romande des consommateurs (FRC) accueillie plutôt froidement la nouvelle. «Cette baisse est malheureusement plus symbolique qu’historique» en raison des facteurs conjoncturels qui l’ont favorisée, regrette-t-elle. Si les cours de la bourse devaient retomber pour déboucher sur des primes à nouveau en hausse, «il est fort probable que les actuelles années d’accalmie apparaîtraient comme autant d’occasions manquées», poursuit-elle.

Ces occasions manquées, ce sont les réformes en panne au parlement. Le Conseil fédéral a certes accouché de deux paquets de réformes, mais ceux-ci n’ont pas abouti à grand-chose de concret en matière d’économies. Le prix de référence des médicaments génériques – qui est de deux à cinq fois plus élevé en Suisse que partout ailleurs dans le monde – a fait naufrage au Conseil national, alors que cette réforme pourrait rapporter quelque 400 millions d’économies.

L’association faîtière des caisses Santésuisse cite d’ailleurs cet exemple pour mieux souligner qu’il est «urgent de réduire les coûts avec de vraies mesures d’économies». De nombreuses propositions sont sur la table, n’entraînant ni perte de qualité des soins ni rationnement, comme des économies de 300 millions sur les analyses de laboratoire. Quant à l’autre association des caisses Curafutura, elle fonde ses espoirs sur la réforme du financement uniforme des prestations ambulatoires – avec un potentiel d’économies d’1 milliard – et sur l’introduction d’un nouveau tarif Tardoc. Le problème, c’est que chacune de ces réformes a son lot de détracteurs, et qu’au final «la montagne pourrait bien n’accoucher que d’une souris», comme le craint un spécialiste désabusé. En ce mardi 28 septembre, Alain Berset en était conscient. Malgré la bonne nouvelle des primes 2022, tout reste à faire pour juguler les coûts de la santé, qui pourraient bien repartir à la hausse de 2 à 3% par an à moyen terme.