C'est à qui paraîtra le plus serein. Et puis, il y a ceux qui veulent se rassurer à tout prix: «Si la Suisse envoie des soldats au Kosovo c'est que ce n'est pas dangereux», lâche Reto Bollhalder, qui va officier aux cuisines du camp militaire de «Casablanca», quartier général de la compagnie suisse et du bataillon autrichien (AUCON). A sept semaines du départ du quatrième contingent de la Swisscoy, la controverse sur l'uranium appauvri ne semble pas affecter l'humeur des volontaires. Ils ne craignent pas pour leur santé, ils «respectent» le danger potentiel que constitue ce métal lourd. Nuance.

L'instruction de la dernière volée – 157 militaires, dont sept femmes – a commencé lundi à Bière (VD). Elle durera près de deux mois et comprendra, pour la première fois depuis la création de la Swisscoy, en août 1999, une partie consacrée exclusivement à l'uranium appauvri. Une quarantaine de soldats prenaient hier à Berne possession de leur paquetage avant de prendre la route de Bière le soir même.

Revue de paquetage

Le major Gregor Bättig, 36 ans, tout en hauteur, issu du génie, dirige l'instruction à Bière et prendra le commandement de la compagnie à «Casablanca» sous les ordres du lieutenant-colonel Thomas Kaiser, chef du quatrième contingent proprement dit. Tous deux ont servi dans l'équipe chargée du projet «Armée XXI».

Le major Bättig assiste à Berne à la revue de paquetage. Les volontaires font attention à ce qu'il ne manque rien de ce qui figure sur la feuille-témoin. Comparaison faite, ils cochent les cases. Le major explique que les cantines en aluminium des soldats contiennent des objets qu'on ne retrouve pas, d'ordinaire, dans l'armée suisse: ce thermos argenté, par exemple, en forme de pointe d'obus, qui semble avoir été pensé pour les très fortes chaleurs; ou cette écharpe couleur camouflage, que le major a sortie de son enveloppe en plastique puis dépliée: «Voyez, c'est parfait pour les grands froids.»

Les volontaires réunis lundi à Berne sont désormais habillés pour l'hiver et pour l'été. Ils séjourneront six mois au Kosovo où ils accompliront des travaux d'infrastructures sous la protection armée des soldats autrichiens. Markus Mäder, 29 ans, capitaine dans les troupes de chars et, dans la vie civile, assistant scientifique au Centre d'études sur la sécurité de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, servira d'officier de liaison entre la Swisscoy et l'AUCON. «Je suis convaincu que l'engagement de la Swisscoy participe à l'effort international visant à ramener la paix au Kosovo et qu'il est utile, aussi, pour la stabilité de notre pays», assure-t-il. Le jeune scientifique espère ardemment que la révision de la loi militaire – qui permettrait l'armement des soldats suisses à l'étranger – passe l'épreuve du référendum en juin prochain.

Militaire professionnelle

Tous les volontaires interrogés à Berne sont d'accord avec lui. Iris Hofer, 25 ans, est garde-fortifications. Autrement dit, elle est militaire professionnelle. Elle fait partie de la vingtaine de soldats autorisés à porter l'arme durant leur engagement au Kosovo. Iris Hofer, aux cheveux blonds ondulant sur un pull ciel de Provence, partira à «Casa» avec un pistolet et un fusil d'assaut. «Je veux vivre quelque chose de neuf, travailler avec d'autres nations et aider un pays en difficulté», dit-elle.

Il n'y avait pas un Romand à qui poser une question, hier à Berne. Le Romand et le Tessinois se font toujours plus rares dans la Swisscoy à mesure qu'un contingent chasse l'autre.