Soupir de soulagement dans les campings tessinois: les prévisions les plus apocalyptiques n’ont pas été confirmées. «Certes, nous sommes restés fermés jusqu’au 6 juin, manquant les trois rendez-vous importants du début de l’année – Pâques, Ascension et Pentecôte – et perdant presque trois mois de travail, sur une saison de huit au total, soit environ 30-35% de nos nuitées», admet Simone Patelli, président de l’Association des campings tessinois (ACT).

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Le secteur s’est senti discriminé lorsque tous les autres acteurs touristiques ont pu rouvrir et que les campings ont dû attendre cinq semaines supplémentaires. «Alors que nous estimions avoir toutes les cartes en main pour accueillir nos visiteurs en toute sécurité. Cela était probablement dû au manque de connaissances des autorités qui ont fait ces choix, ayant encore Woodstock en tête.»

Distance garantie

Mais dans un deuxième temps, la réouverture des campings s’est faite en grand. «On craignait une reprise très lente; au contraire, elle a été très forte. Tous les campings du canton – une petite quarantaine, 10% des sites et des nuitées suisses – ont très bien travaillé», se félicite-t-il, ajoutant que cette année, même les zones plus cachées, moins connues, dans les vallées, ont été prises d’assaut. Le secteur finira quand même l’année avec une perte de l’ordre de 25%, estime-t-il, «mais c’est nettement mieux que ce qu’on envisageait en mars».

Comment explique-t-il l’affluence des campeurs ces mois? Après le confinement, les gens avaient envie de plein air, soutient-il. «Le camping garantit la liberté, la distance, la nature, avec tous les services à disposition, et aussi les contacts, si on le souhaite.» Les jeunes sont arrivés en masse, indique-t-il; de nombreuses familles avec de petits enfants, de jeunes couples. Beaucoup de Romands, aussi. «Et ceux qui n’ont pas pris de vacances pendant le lockdown se sont rattrapés plus tard dans l’été.»

De l’exotisme sans aller loin

Porte-parole du Touring Club Suisse (TCS), Laurent Pignot confirme lui aussi que, dès le 6 juin, l’été des campings a été un succès et l’automne un grand succès, qui a en partie compensé la perte du début de la saison. Près de 90% des campeurs au Tessin étaient Suisses, Romands et Alémaniques, par rapport à 70% les années précédentes. «Beaucoup de personnes sont restées au pays pour éviter d’être bloquées à l’étranger ou de devoir rester en quarantaine en rentrant. Au Tessin, on trouve l’exotisme sans aller loin.»

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Les Suisses redécouvrent le camping, une tendance qui se consolide, avance-t-il, relevant que, depuis 2014, une augmentation de la demande a été enregistrée chaque année. «Les gens veulent se reconnecter à la nature sans devoir faire de longs voyages. Une partie de la population est sensible à la problématique de l’empreinte carbone et ne souhaite plus aller à l’autre bout de la planète pour ses vacances», explique-t-il.

Du «glamping» aussi

Le glamping (contraction de glamour et camping), consistant en des structures solides – maisonnettes en bois, tentes nomades, yourtes… –, attire de plus en plus de gens, observe-t-il. «De nombreux touristes délaissent les voyages tout organisés; ils reviennent à la source, vers le camping. Mais ils ne sont pas toujours prêts à renoncer au confort; ils aiment avoir des draps, un matelas, des WC privés… et le glamping répond parfaitement à ces besoins.»

Les campings ont aussi dû s’adapter à la situation sanitaire. «Cela a représenté des coûts; employer plus de personnel pour le ménage, encore plus fréquent, créer une signalisation, donner plus d’espace aux campeurs, etc.», relève Simone Patelli, se réjouissant que, sur le million de nuitées recensées, il n’ait pas eu connaissance d’un seul cas de covid.

L’ACT espère encore travailler jusqu’à la première semaine de novembre; des länder allemands seront encore en vacances. «Le Tessin demeure une belle destination; nous avons un temps magnifique, les températures sont encore douces; pour les gens sans enfant à l’école, c’est idéal.» Le TCS a prolongé l’ouverture de ses 29 campings suisses de deux semaines.