Et voilà, 6 tonnes de béton en plus dans les entrailles du futur pont de la Poya à Fribourg. A 70 mètres au-dessus du sol, une dizaine d’ouvriers habillés en orange s’affaire autour d’une gigantesque benne qui déverse le fameux liquide. En 6 à 7 heures, le joyau fribourgeois aura grandi de 12 mètres. Avec 851 mètres de long et 40 000 tonnes de béton une fois terminé, le pont de la Poya est le chantier pharaonique de la région, rêvé depuis 1959. Il ouvrira en 2014. Les curieux pourront s’y promener ce samedi, à l’occasion des portes ouvertes.

Pour désengorger le bourg de la capitale cantonale traversé par près de 30 000 véhicules par jour, l’Etat et la Confédération mettent 211 millions de francs dans l’ouvrage. Le projet, c’est aussi une galerie souterraine de 350 mètres vers la patinoire Saint-Léonard, avec un giratoire enterré. «En reliant le Schönberg germanophone et le quartier du Palatinat, la Poya est un trait d’union entre les deux langues», se réjouit Christophe Bressoud, manager du projet.

Ici, sur le pont, casques et gilets fluo sont obligatoires. En avançant au milieu des outils et des machines, on découvre des pièces de toutes les formes. Par exemple, deux triangles en métal de 11 tonnes. D’un côté, un trou de plusieurs dizaines de centimètres ressemble à un canon, pointé droit sur le sommet d’un des deux piliers principaux de 110 mètres. C’est là que viendra se fixer l’un des haubans les plus longs – 100 mètres – pour soutenir le tablier. Le long câble peut porter jusqu’à 1600 tonnes.

En continuant d’avancer de plus en plus loin, on découvre un chariot sur rails de plusieurs mètres de haut. Il fait toute la largeur du pont et avance chaque semaine de 12 mètres pour permettre aux ouvriers d’agrandir petit à petit l’ouvrage d’art. Si le béton est coulé en quelques heures, il faut plusieurs jours pour réaliser le maillage métallique et laisser sécher le béton.

Sous nos pas, il arrive un moment où le pont finit. C’est le vide. Tellement grandes tout à l’heure, les machines de chantier sont devenues minuscules. Vient une question en regardant tout ça: pourquoi la Poya coûtera-t-elle plus cher que prévu?

Ces dernières années, Fribourg a de la peine pour calculer les coûts de ses grandes constructions. La facture de la route de contournement de Bulle ouverte en 2009 s’est bouclée avec un surcoût de 80 millions. En 2006, quand les Fribourgeois ont voté sur le projet de la Poya, on leur promettait une note de 120 millions. Après plusieurs ajustements et ajouts, l’Etat prévoyait 179,4 millions. Cette semaine, il a annoncé qu’il s’attend plutôt à une charge finale de 211 millions.

Pour comprendre, il faut rebrousser chemin vers la patinoire Saint-Léonard. Après un tunnel, on découvre une tranchée profonde de 20 mètres qui passe sous les rails des CFF. «C’est ici: les difficultés géologiques expliquent en partie le manque de couverture financière, explique Christophe Bressoud. Le passage sous les voies s’est aussi révélé plus compliqué que prévu. Les rails doivent rester en place. Ils ne peuvent pas être décalés en hauteur de plus de 2 mm. C’est un vrai défi.»

Sous nos pas, il arrive un moment où le pont finit. Les machines de chantier sont devenues minuscules