Genève

Malgré l'affaire Maudet, le déclassement controversé d'un terrain agricole est avalisé

Le parlement cantonal a approuvé le passage de 12 hectares de terrain en zone d'activité. Cette étape permet au projet de construction de bureaux et de terrains de football d'avancer. L'extrême gauche y voit un cadeau à l'investisseur Magid Khoury et lance un référendum

Le Grand conseil genevois a accepté de déclasser 12 hectares de terre agricole à proximité de la piste de l’aéroport. Cette étape permet à un dossier compliqué de suivre son chemin malgré les vicissitudes nées de l’affaire Maudet. Ensemble à gauche a toutefois annoncé le lancement d’un référendum pour contester ce vote (54 oui, 35 non, 5 abstentions).

L’opération est délicate. Elle implique quatre partenaires: l’Etat de Genève, la commune du Grand Saconnex, l’hoirie Tissot et le Servette Football club. Les 12 hectares dans le secteur du Pré-du-Stand sont destinés à accueillir 5 terrains de football, un centre d’entraînement ainsi que des bureaux. Les installations sportives permettront à Servette de se reloger, obligé qu’il est par l’Etat de quitter Balexert. Là, un nouveau Cycle d’orientation doit être érigé. Il y a urgence: l’école actuelle, à proximité, est dans un état de grande vétusté. Des logements seront construits sur le terrain qu’elle occupe.

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Ce carrousel, en temps normal, aurait engendré un débat policé sur l’inquiétante raréfaction des surfaces agricoles dans le canton et sur les besoins négligés des clubs sportifs. Ce débat a eu lieu, jeudi soir, au Grand Conseil. Les Verts, opposés au déclassement, ont demandé, par la voix du député David Martin, «un projet plus compact avec un impact nul sur la zone agricole». Le PLR Adrien Genecand a répondu que «la relève du football genevois doit pouvoir s’entraîner».

Oui mais voilà, le 12 septembre dernier, on apprenait par la télévision alémanique que l’investisseur choisi suite à un appel d’offre par la famille Tissot, propriétaire de la parcelle sise sur la commune du Grand-Saconnex, était la société Capvest, dirigée par Magid Khoury. On sait, depuis, que ce dernier a joué un rôle clé dans l’invitation lancée par le cheik Mohammed bin Zayed al-Nahyan à Pierre Maudet pour un voyage à Abu Dhabi en novembre 2015 qui vaut au conseiller d’Etat comme à l’homme d’affaires d’être sous enquête pénale. L'affaire Maudet risquait donc de faire capoter ce dossier ciselé depuis plusieurs années.

«Absurdité sanitaire»

Pour Rémy Pagani (Ensemble à gauche), le projet Pré-du-Stand relève de la «tentative de corruption». Les 90 000 m2 du bureaux prévus pourraient rapporter à Capvest, à la revente, une somme allant jusqu’à un milliard de francs, a calculé l’ancien Maire de Genève. Le voilà, selon lui, le cadeau que tout le monde cherche dans l’affaire Maudet! Le référendum annoncé aura pour but de débattre des «acrobaties financières» des partenariats public-privé dans lesquelles «les collectivités publiques se soumettent au pouvoir financier». Sans compter que de faire courir des sportifs non loin de l’aéroport serait «une absurdité sanitaire», ajoute son collègue de parti, Jean Batou.

Le ton plus posé de certains élus

D’autres élus ont employé un ton plus posé pour soutenir le déclassement. L’entier de cette opération compliquée comporte trois volets, a détaillé Stéphane Fleury (UDC). Le temps viendra de parler de la construction et de l’identité de l’investisseur. Nicole Valiquer Grecuccio (PS) insiste: «Cette zone agricole, à proximité de l’aéroport, est impropre à l’agriculture. Le choix de l’investisseur appartient à l’hoirie. Nous ne devons pas prendre en otage ce projet qui implique des politiques publiques importantes.»

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Ces arguments n’ont pas ému François Baertschi. Le député MCG a même compté «un nombre surprenant de naïfs et de candides» dans l’enceinte du parlement, réuni à la salle Popov. Ce sont «les idiots utiles de la corruption» ose l’élu, tant la collusion est évidente pour lui entre l’investisseur et le conseiller d’Etat Pierre Maudet.

Président du Conseil d’Etat et responsable de l’aménagement, Antonio Hodgers défend le déclassement avant le vote. Qualifier cette opération de partenariat public-privé serait un abus de langage, assure le Vert. Son montage obéirait à des règles usuelles. Le choix de l’investisseur par l’hoirie relève du droit privé et il serait absolument hermétique par rapport au travail de l’Etat. Le magistrat a toutefois admis que «déclasser 12 hectares d’un coup, c’est beaucoup». Mais ce «sacrifice» se justifie si l’on considère l’entier de la rocade, conclut-il. «Il ne faut pas banaliser ce type d’opération. Ce sera la dernière de cette taille en zone agricole.» Le déclassement est approuvé par une marge confortable.

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