En mars dernier, juste avant d’annoncer son intention de briguer un troisième mandat au gouvernement jurassien lors des élections du 18 octobre, le grand argentier PDC Charles Juillard paradait en présentant le résultat des comptes 2014, avec un bénéfice de 4 millions de francs. «J’avais offert les croissants. Aujourd’hui, je suis venu avec mes mouchoirs», a ironisé jeudi le ministre qui devrait être aisément réélu.
Le budget 2016 du canton du Jura est rouge vif, avec une perte de 6,9 millions (0,75% des charges). Pourtant en 2014, pressentant les difficultés financières, les principaux partis politiques du canton et le gouvernement avaient arrêté, dans une table ronde à huis clos, un vaste plan d’amincissement de l’Etat appelé Optima, qui doit faire économiser 35 millions par an à partir de 2018 (5% des charges dont le canton a la maîtrise). Le programme déploie déjà des effets pour 20 millions en 2016, mais cela ne suffit pas pour contenir ce que le Conseil d’Etat jurassien en fin de course (trois des cinq ministres s’en vont à la fin de l’année) appelle un «contexte financier particulièrement défavorable».
Les tuiles sont multiples: contrairement à la Confédération et à Neuchâtel, le Jura ne prévoit aucun dividende de la BNS (5,9 millions de manque à gagner) ; la contribution cantonale au fonds d’infrastructure ferroviaire se monte à 6,3 millions ; les charges sociales et de santé augmentent de 8,5 millions ; la péréquation fédérale rapportera 3,3 millions en moins. Et la conjoncture économique est morose. Le canton prévoit une diminution de 15% de l’impôt des entreprises, soit 9 millions de perdu.
Fort heureusement, il y a quelques perspectives rassurantes : l’impôt des personnes physiques rapportera 8,5 millions de plus ; grâce à Optima, les charges de personnel sont en diminution de 5,3 millions. Ces dernières années, le canton avait mis en réserve conjoncturelle 9,5 millions de francs, qu’il utilisera en 2016.
Le résultat aboutit à une perte de 6,9 millions. «Ce n’est pas un budget électoral, assure Charles Juillard. S’il n’est pas bon, il est acceptable, conforme aux exigences du frein à l’endettement.» Et de pester tout de même en devant relever qu’Optima avait prévu de parvenir à 28 millions d’économies en 2016 déjà. «Nous sommes en retard dans certains domaines, cela nous coûte 8 millions l’an prochain. » En insistant pour savoir qui a manqué de zèle dans l’application des mesures, Charles Juillard note qu’il s’agit « principalement des secteurs de la santé et du social», le département du socialiste Michel Thentz, lui aussi en lice pour un nouveau mandat.
Même s’il sait qu’Optima doit permettre d’économiser 15 millions supplémentaires ces deux prochaines années, s’il pressent un bon résultat comptable 2015, malgré la diminution de la manne fiscale des entreprises mais avec le double versement de la BNS (+ 9 millions pour le Jura) et les derniers gains de l’amnistie fiscale (+ 8 millions), Charles Juillard faisait la moue jeudi à Delémont, tant les perspectives financières lui apparaissent difficiles. «Nous sommes face à l’effet ciseau, dit-il. Nous avons beau maîtriser nos propres charges, les dépenses imposées augmentent, alors que les revenus stagnent quand ils ne diminuent pas.»