Malgré les résistances, l’école est devenue plus homogène en Suisse

HarmoS Les pratiques s’alignent, même dans les cantons réfractaires

Non, la Confédération n’a pas besoin d’intervenir. Les efforts consentis par les cantons pour harmoniser l’école portent leurs fruits: le système scolaire suisse n’a jamais été aussi homogène, estime la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). Une famille qui déménage n’est plus confrontée à des systèmes totalement disparates.

On n’en doutait pas en Suisse romande, où l’ensemble des cantons a adhéré au concordat HarmoS et adopté un plan d’étude commun: tous les enfants commencent l’école à 4 ans, suivent neuf années de primaire – durant lesquelles ils apprennent notamment l’allemand et l’anglais – et enchaînent sur trois ans de secondaire.

En Suisse alémanique, les résistances ont été plus fortes. Seuls huit cantons ont adopté le concordat et plusieurs menacent aujourd’hui d’abandonner l’enseignement de deux langues étrangères en primaire. Le bilan présenté mercredi demeure pourtant «très positif»; «l’harmonisation a bien progressé depuis 2006», selon le président de la CDIP, Christoph Eymann. «Même au niveau de l’enseignement des langues, le pays n’a jamais été autant coordonné», juge-t-il.

De tous les cantons suisses, Appenzell Rhodes-Intérieures est le seul qui n’enseigne qu’une seule langue étrangère (l’anglais) au primaire depuis 2001 et n’a pas l’intention de changer sa pratique. A contrario, 22 cantons enseignent le premier idiome en 3e (5e HarmoS) et le deuxième en 5e. Le Tessin possède son propre modèle avec trois langues étrangères. «Ces 23 cantons représentent déjà 92% de la population», se félicite la CDIP.

Ses responsables admettent toutefois que des initiatives ont abouti (à Lucerne) ou sont en préparation (à Zurich notamment) pour ne conserver qu’une langue étrangère en primaire. Des motions ont également été déposées à Schaffhouse et en Thurgovie. «Nous sommes inquiets de ces attaques», a souligné la vice-présidente de la CDIP, Elisabeth Baume-Schneider. «Si le compromis devait être menacé, nous soutiendrions une intervention de la Confédération», a noté la Romande. Mais l’heure est à l’apaisement: «Nous sommes rassurés que Nidwald ait rejeté cette initiative en mars, et que le parlement grison l’ait déclarée nulle et non avenue», souligne Christoph Eymann. La CDIP peut compter, à cet égard, sur le soutien des faîtières des associations d’enseignants. Le bilan présenté mercredi n’évoquait que le cadre juridique. Pour évaluer la performance de l’harmonisation, en matière de langues étrangères par exemple, il faudra attendre 2018 et la publication des premiers tests menés auprès des élèves, précise Hans Ambühl, secrétaire général de la CDIP.

L’école enfantine s’impose

En bref, tous les cantons ont adopté un cycle primaire qui s’achève en 8e et un cycle secondaire qui dure de la 9e à la 11e. Ils offrent quasiment tous deux ans d’école enfantine.

C’est d’ailleurs l’un des changements majeurs de cette harmonisation. Bâle-Ville était le seul canton à imposer deux années d’enfantine en 2006. Dix-sept cantons ont désormais fixé la même obligation. Neuf cantons laissent encore la première année à choix, mais la plupart des familles se sont alignées, de facto, sur la pratique nationale. A Uri, 95% des enfants fréquentent l’école enfantine dès la première, sur base volontaire.

Il ne reste qu’Obwald, où moins d’un tiers des enfants suivent deux ans d’enfantine. Mais «le canton nous a indiqué qu’il souhaitait aussi se conformer au mandat constitutionnel», commente la CDIP. Les cantons sont tenus de faire un tel effort, même s’ils n’ont pas adhéré au concordat. Le devoir est inscrit dans la Constitution depuis la votation du 21 mai 2006, approuvée par 86% des Suisses.