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Un hélicoptère Super Puma de l’Armée suisse apporte de l’eau dans un réservoir pour abreuver les vaches d’un paysan lors d’un point presse sur le dispositif d’approvisionnement en eau pour les alpages touchés par la sécheresse dans le canton de Vaud…
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Canicule

Malgré la sécheresse, cette eau qui tombe du ciel

Pour approvisionner en eau ses alpages, Vaud est le premier canton romand à demander de l’aide à l’armée suisse. Deux hélicoptères Super Puma ont été mis à disposition pour remplir les bassins, là où c’est nécessaire

Un spectacle rare se déroulait mardi matin dans les airs au-dessus des bêtes de Grégoire Martin, propriétaire de l’alpage de Culand, sur les hauteurs de Rossinière, dans le Pays-d’Enhaut. Un hélicoptère Super Puma de l’armée suisse, par cinq ou six allers-retours, a transporté de l’eau du lac artificiel de l’Hongrin situé dans les Préalpes vaudoises à la citerne asséchée de l’alpage à 1600 mètres d’altitude, à raison de 1000 litres par vol. La soixantaine de vaches, elles, continuaient à brouter, ne semblant pas dérangées par ce bruyant ballet aérien.

Un canton «en situation de catastrophe»

L’opération s’est décidée quelques jours plus tôt. Frappés par la dure canicule qui sévit actuellement, des paysans ont tiré la sonnette d’alarme auprès du département de l’agriculture du canton de Vaud. Le conseiller d’Etat Philippe Leuba, alors en vacances, a décidé de contacter les 1000 alpages existants dans le canton pour dresser la liste des nécessiteux. Tout de suite, 50 d’entre eux ont répondu être en grave manque d’eau. Philippe Leuba a alors demandé de l’aide à l’armée suisse, conformément à ce que prévoit la loi fédérale. «Le canton est en situation de catastrophe», souligne son chef de l’état-major Denis Froidevaux. «Et ce ne sont pas les quelques orages de ces jours-ci qui vont résoudre quoi que ce soit», renchérit Philippe Leuba.

Depuis 1921, la pluviométrie n’a jamais été aussi faible en Suisse entre les mois d’avril et de juillet. Ce manque de pluie, combiné à des températures supérieures à la moyenne, provoque l’assèchement des sols et le tarissement des points d’eau. Or, si la plaine bénéficie d’un réseau d’irrigation, les besoins des alpages sont plus difficiles à combler et la consommation en eau d’une vache varie de 100 à 150 litres d’eau par jour. «Plus il fait chaud, plus elles boivent: c’est comme nous au bistrot», illustre le ministre.

Grégoire Martin, chaussé de ses bottes d’alpage, suit l’intervention avec attention. Déjà en 2015, un hélicoptère de l’armée était venu lui remplir sa citerne de 6000 litres d’eau. «On s’était dit en juin qu’avec la fonte des neiges, on aurait un été superbe. Et puis un mois après, tout était déjà sec.» Cela fait des semaines que le paysan descend six fois par jour chercher de l’eau avec son tracteur, alors qu’un aller-retour lui prend une heure et demie. «Sur le long terme, ce n’est pas possible de travailler comme cela. J’ai déposé une demande pour construire un bassin d’approvisionnement.» Et puis un terrible vrombissement l’oblige à se taire.

Schwytz, Vaud, et bientôt Fribourg

Revoilà l’hélicoptère qui verse sa tonne d’eau directement dans le puits, grâce à l’aide de ses deux préposés au sol, les «loadmasters». Son pilote militaire est le capitaine Tuan-Khai Bui. «L’opération est délicate, car on se trouve haut en altitude, et l’on doit maîtriser la descente sur l’objet avec douceur et précision», explique-t-il. C’est l’un des travaux qu’il effectue le plus cet été. Lundi, son équipe se trouvait dans le canton de Schwytz pour la même opération. Mardi, le Conseil d’Etat fribourgeois transmettait également à l’armée une demande d’intervention par forces aériennes, afin d’approvisionner en eau par hélicoptère les alpages qui ne peuvent pas l’être par la route. Les premiers vols pourraient avoir lieu avant la fin de la semaine.

Les opérations menées par l’armée comme celle réalisée à l’alpage de Culand à Rossinière ne coûtent rien aux cantons. Aussi, les militaires du bataillon d’aide en cas de catastrophe ont installé pour les Vaudois deux bassins de 50 mètres cubes, l’un au bord du lac de Joux, à L’Abbaye, et le second sur la place d’armes des Rochats au-dessus de Provence. Ces réservoirs permettent aux exploitants et aux camions-citernes de venir se ravitailler. Pour le transport par route, Vaud a pioché entre 60 et 80 mille francs dans son budget ordinaire. Une permanence téléphonique permet aux exploitants d’alpages de communiquer leurs besoins. L’Aide suisse aux montagnards a également répondu à l’urgence de la situation en libérant une somme de 500 000 francs pour l’approvisionnement en eau potable des personnes et des animaux dans les zones d’estivage. L’Union suisse des paysans appelle les abattoirs à ne pas profiter de la situation en faisant baisser les prix des vaches de boucherie de manière radicale, et exige que les importations de viande de vache autorisées dernièrement ne soient pas introduites sur le marché pour l’instant.

Comblés en eau pour l’instant, Grégoire Martin et sa famille peuvent désormais se concentrer sur les 600 pièces de fromage de L’Etivaz qu’ils ont à produire à l’alpage. Les autorités ont à l’esprit les 40 000 têtes de bétail de l’ensemble des alpages du territoire cantonal, soit 20 000 dans le Jura et 20 000 dans les Préalpes. Et le conseiller d’Etat, lui, peut retourner à ses vacances, quoique la réorganisation de Nestlé jalonne également son été.

Lire aussi: Les paysans suisses appellent la Confédération à l’aide

Lire également: Canicule: La Confédération abaisse les droits de douane sur le fourrage 

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