Le Tribunal fédéral a rejeté le recours de sept cabaretiers de Neuchâtel contre le nouveau règlement de police qui les oblige à fermer les portes à deux heures, du lundi au jeudi matin. Jusqu'à présent, les nuits étaient blanches, ou presque, toute la semaine jusqu'à 4 heures. La décision du législatif de la ville, datée du 17 janvier dernier, avait été prise pour répondre aux plaintes des habitants du centre-ville, qui se plaignaient du tapage nocturne causé par les clients des discothèques. Mais elle a aussi frappé les cabarets, car la loi cantonale sur les établissements publics ne fait pas de distinction claire entre cabarets et discothèques…

Antoine Grandjean, nouveau conseiller communal (exécutif) en charge de la police, n'est pas surpris de la décision de la IIe Cour de droit public du Tribunal fédéral. «La Loi cantonale fait la différence entre cabaret et discothèque au niveau des patentes, mais il n'y a pas d'exigences pour les distinguer. Il suffit que l'un ou l'autre des établissements présente des attractions.» C'est dire qu'un défilé de mode dans une discothèque constitue une attraction au même titre qu'une séance de strip-tease dans un cabaret…

Si le règlement de police de la ville de Neuchâtel, qui doit respecter la loi cantonale, avait établi un distinguo entre cabaret et discothèque, les discothèques privées de deux heures d'ouverture en semaine auraient pu demander sans difficulté une patente de cabaret en offrant de temps en temps des «attractions». Une motion pour réviser la loi cantonale a été déposée au Grand Conseil, et elle devrait être discutée en novembre. Il s'agira de définir ce que signifie le terme «attractions».

Représentant des cabaretiers, Me Philippe Bauer est déçu de la décision des juges de Lausanne. «Nous avions relevé l'inégalité qui frappait les cabarets dont la clientèle n'est pas bruyante.» L'argument n'a pas payé. Il place ses espoirs dans la modification de la loi cantonale, qui pourrait inciter le Conseil général de Neuchâtel à revoir sa position. En attendant, et «dès la rentrée», selon les termes d'Antoine Grandjean, les cabarets devront fermer leurs portes du lundi au jeudi matin à deux heures. Jusqu'à présent, la ville avait fait preuve de souplesse, bien que l'effet suspensif du recours n'ait pas été accordé.

On peut s'étonner de la fronde des cabaretiers qui se sont battus pour conserver deux heures d'ouverture en semaine, pendant quatre jours, et le plus souvent trois puisque le lundi est férié. Ils rétorquent tous en chœur que, justement, c'est pendant la semaine, au plus profond de la nuit, qu'ils réalisent leur meilleur chiffre d'affaires. Au contraire des discothèques, qui tournent à plein régime en fin de semaine.