Tout sourire, Frédéric Favre écume le marché de Martigny, escorté par les militants du PLR. Le démocrate-chrétien Christophe Darbellay et le socialiste Stéphane Rossini rôdent aussi parmi les badauds. Ils échangent leurs dernières impressions d’une campagne tendue. Pour le libéral-radical «elle a le mérite de simplifier les choses et de proposer un choix de société clair». Entre conservateurs et progressistes.

Publié ce jeudi matin, un sondage réalisé par Sotomo pour le compte de la RTS classe Frédéric Favre dixième sur treize candidats, avec 22% des intentions de vote. Presque tous les partis contestent la méthodologie qui a produit ces chiffres. Elle mélange participants volontaires et panel constitué pour l’occasion. Pour le libéral-radical, «les sondages ne reflètent pas toujours la réalité» et «celui-ci me pousse à travailler plus fort.»

Je suis devenu l’inconnu connu

Quand le congrès a validé sa candidature et celle de son colistier, Claude Pottier, au gouvernement, un membre du parti a jugé ce casting «digne d’une mauvaise série télévisée». Il insistait: «C’est le plus faible que nous ayons jamais connu». Aujourd’hui, dans les débats, Frédéric Favre soutient le choc face aux anciens conseillers nationaux Christophe Darbellay, Oskar Freysinger ou Stéphane Rossini. En plaidant la complémentarité des profils, il sourit: «Je suis devenu l’inconnu connu.»

Première campagne

Inscrit au PLR depuis une année, le néophyte mène sa première campagne. Elle est rythmée par le duel qui déchire l’UDC et le PDC, et qui «n’amène rien au Valais». Pour les observateurs de tous les partis, Frédéric Favre marque des points au moment où son colistier Claude Pottier trébuche. Ce dernier a évoqué une alliance avec Oskar Freysinger. Comme son président et de nombreux cadres du PLR, Frédéric Favre exclut ce scénario: «Nos visions de l’avenir divergent trop.»

Le Valais a perdu quatre ans

Marié et père de 3 enfants, aujourd’hui chef des ressources humaines de Migros Valais, Frédéric Favre accumule les formations professionnelles en cours d’emploi. Ces 9 dernières années, il a obtenu 4 diplômes. Quintuple champion suisse de karaté et ancien arbitre de hockey sur glace, il a 38 ans et il martèle qu’il porte la voix de ceux qui souhaitent le changement: «Le Valais a perdu quatre ans.»

En Valais, après avoir longtemps incarné l’opposition aux démocrates-chrétiens, les radicaux se sont lentement affaiblis pendant que l’UDC récupérait les voix des contestataires. Avec l’éclosion de nombreuses formations de gauche, ils ont aussi perdu le monopole du modernisme. Il y a quatre ans, Oskar Freysinger délestait le PLR de son siège historique au gouvernement. Le traumatisme semble encore vif. Au parlement, le PLR a longtemps pesté avec l’opposition.

Le PLR a négligé la relève

Aux dernières élections fédérales, comme dépourvu de nouvelles personnalités, les libéraux-radicaux alignaient plusieurs grands anciens. Au final, ils se laissaient distancer par les trois autres grandes formations. Nouvel adhérent, l’entrepreneur Pierre-Alain Grichting échouait de peu à briser le monopole du PDC valaisan au Conseil des Etats. Malgré les sollicitations, il a rapidement exclu de briguer une place au gouvernement.

Les cadres du parti admettent que la probabilité de reconquérir une place au gouvernement reste marginale. Pour le président René Constantin, «il faudrait un fameux concours de circonstances» et «il y a 70% de chances que la situation actuelle soit reconduite». Le PLR cherche à profiler une nouvelle personnalité. Frédéric Favre brigue aussi une place au parlement. Son président insiste: «Il m’impressionne par son sang-froid et il a un vrai avenir».

Nous renouvelons les générations

Ces dernières années, le PLR a peut-être négligé la formation de son personnel politique. René Constantin évoque «une crise de vocations». Frédéric Favre décrit «une phase de transition». Les libéraux radicaux se reconstruisent lentement. Aux élections communales de novembre dernier, ils ont conservé les présidences de Sion et Martigny, mais ils ont concédé la ville de Sierre. Pour Pascal Couchepin, «nous renouvelons les générations».

Un air d’Emmanuel Macron

Dans un petit café, l’ancien conseiller fédéral sourit à cette heureuse surprise: «il a un petit quelque chose d’Emmanuel Macron». A Martigny, dans son bureau perché sur les entrepôts de la Migros, Frédéric Favre semble flatté. Inscrit au parti socialiste, son père admirait le président libéral radical de son petit village. Le fils tente de se profiler à la fois sur les questions économiques et sociales. Tout en se désintéressant du combat qui divise la gauche et la droite, il finit par se décrire centriste: «Je me distancie des extrêmes.»

Il incarne tous les jeunes qui entendent bâtir un Valais différent

Frédéric Favre aime provoquer. Pour lui, «le PLR est le parti le plus social de Suisse». Il argumente: «Nous luttons pour les plus pauvres en créant des emplois». Particulièrement sensible aux questions environnementales, le libéral-radical milite depuis quatre ans pour la durabilité avec «Avenir Ecologie». Pour le président de ce mouvement affilié au PLR, David Crettenand, «il incarne tous les jeunes qui entendent bâtir un Valais différent.»