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L'Ecole juive de la Via Eupili, à Milan, en 1942. 
© Fondazione Centro di Documentazione Ebraica contemporanea (CDEC), Milan

Histoire

«Nous mangions, nous étions logés dans des baraques en bois, nous travaillions la terre»

Il y a quatre-vingts ans, les lois raciales en Italie donnaient le coup d’envoi aux persécutions fascistes, puis nazies, et à un exode vers le Tessin. Accueilli en Suisse, Gianfranco Moscati, 93 ans, se souvient de la vie des réfugiés d’alors

Il y a une petite dizaine d’années, l’Italien Gianfranco Moscati est revenu à Locarno. «J’avais toujours maintenu des rapports avec la Suisse et j’ai eu envie de passer la dernière partie de ma vie ici, sur la terre qui m’a accueilli.»

Né en 1924 à Milan, cadet de cinq frères, Gianfranco Moscati quitte sa ville natale le 17 septembre 1943 pour trouver refuge en Suisse. S’il n’avait pas fui, il aurait été déporté vers les camps nazis, comme près de 9000 Juifs d’Italie et plusieurs autres dizaines de milliers de civils. Dans la capitale lombarde, à la fin des années trente, le climat était déjà invivable, se rappelle-t-il. En 1938, les lois raciales fascistes italiennes étaient promulguées.

Lire aussi: La parole salvatrice de deux enfants de nazis

«Les Juifs ne pouvaient plus travailler, fréquenter l’école, posséder une radio, aller au concert, etc. Nous étions devenus des citoyens de seconde catégorie. Mussolini n’était pas un ange, il n’a pas appris d’Hitler. Mais c’est avec l’invasion nazie, le 25 juillet 1943, que les Juifs en Italie ont été persécutés à mort.» 

Passage clandestin

Le 16 septembre, lorsqu’il apprend le sort réservé aux Juifs – la déportation vers les camps de concentration – Gianfranco Moscati décide de gagner la Suisse le lendemain, avec son frère Alessandro. La frontière était fermée. Pendant quelques jours, une famille italienne les cache. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent deux soldats italiens souhaitant rentrer chez eux. Ils échangent leurs vêtements et les frères Moscati rentrent en Suisse passant pour des militaires.

Un mois plus tard, ils révèlent leur véritable identité et sont accueillis comme réfugiés civils et placés dans divers camps d’internement, à Berne, en Valais, au Tessin. «Nous ne pouvions pas en sortir, mais nous n’étions pas mal traités; nous mangions, nous étions logés dans des baraques en bois, nous travaillions la terre.» L’Italien réussit par la suite à faire entrer clandestinement en Suisse sa mère et deux de ses frères.

Retour en Italie

Le 26 avril 1945, le jour suivant la Libération de l’Italie, il se rend à Milan, défigurée par les bombardements. L’appartement où il a grandi est occupé par des collaborateurs nazis. «C’était terrible. Des gens revenaient des camps dans des conditions épouvantables, ils avaient perdu tous les membres de leur famille.»

Dans la capitale lombarde, il s’occupe de chercher les déportés juifs, de recueillir leurs témoignages insoutenables et d’aider à leur rapatriement. «L’intégration des Juifs en Italie après la guerre n’a pas été facile, elle s’est faite très lentement.» En 1951, Gianfranco Moscati émigre à Naples où il vit cinquante ans et travaille comme représentant d’appareils électriques. Après une carrière commerciale couronnée de succès, avec son épouse Gabriella Steindler, née en Israël et professeure retraitée de littérature juive, il décide de retourner au Tessin.

Une plaque pour remercier la Suisse

Que pense l’Italien du rôle de la Suisse officielle durant la guerre, du tampon J dans les passeports des Juifs, des frontières fermées? «A sa décharge, il faut se rappeler que la Suisse était entourée de rapaces», fait-il valoir. Il ajoute que tous les fonctionnaires n’ont pas suivi la ligne officielle, citant le commandant de la police de Saint-Gall Paul Grüninger (1891-1972), qui a sauvé des milliers de réfugiés de la persécution nazie. Il a été condamné par les tribunaux suisses, ostracisé. Sa mémoire a été rétablie vingt-deux ans après sa mort. En signe de gratitude, Gianfranco Moscati a fait réaliser une plaque commémorative en marbre en l’honneur de la Suisse, qui se trouve dans un musée dédié à l’Holocauste en Israël.

Avec la disparition de ceux qui ont survécu à la Shoah, comment le devoir de mémoire se préservera-t-il? Gianfranco Moscati compte sur les descendants. Lui-même a organisé de nombreuses expositions itinérantes et des conférences dans les écoles. Grand collectionneur, depuis 1967 il a parcouru le monde pour recueillir des milliers d’objets; documents, timbres, cartes postales, photos, correspondances, etc. sur l’hébraïsme, l’antisémitisme et la persécution des Juifs en Italie et en Europe. Une grande partie de cet héritage a été légué au Imperial War Museum de Londres.

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