Le soleil brillait, samedi après-midi à Berne. La manifestation pour la démocratie en Turquie se déroulait pacifiquement. Des milliers de personnes y participaient. Des Turcs, bien sûr, mais aussi des syndicalistes, des militants de gauche ou de mouvements associatifs. Sauf qu’au fond de la Place fédérale, un groupe d’autonomistes de gauche en a décidé autrement. En brandissant une affiche anti-Erdogan, ils ne sont pas passés inaperçus et suscitent aujourd’hui l’ire d’Ankara, quelques jours à peine après la visite en Suisse du ministre des Affaires étrangères.

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L’ambassadeur en poste en Turquie a été convoqué pour des explications. «Walter Haffner a été convié à notre ministère (des Affaires étrangères) où notre malaise lui a été communiqué […] Il a été dit à l’ambassadeur que les coupables devaient être traduits en justice», ont indiqué à l’ATS des responsables turcs sous couvert d’anonymat. Recep Tayyip Erdogan a vivement critiqué les autorités suisses lors d’un discours à Istanbul dimanche: «Vous récolterez ce que vous avez semé», a-t-il lancé, sous les huées de la foule.

«Kill Erdogan with his own weapons», pouvait-on lire sur cette pancarte montrant le président turc avec un pistolet près de son visage. «Je n’ai rien vu», explique Paul Rechsteiner, un des orateurs du jour. Le président de l’Union syndicale suisse (USS) et sénateur (PS/SG) s’est bien gardé de tenir un discours politique face à la foule. Il a évoqué les droits fondamentaux et explique ne pas s’être attardé sur la place.

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Mais c’est bien avant la partie officielle que des tensions sont nées entre les organisateurs de la manifestation et les autonomistes de gauche. «Cette affiche est inacceptable, lance Peter Hug, secrétaire politique au Parti socialiste suisse, en charge des affaires internationales. A ce titre, il était membre du comité d’organisation et il explique les dessous de cette affaire. «Nous étions déjà inquiets plusieurs jours avant la manifestation de samedi. Nous avons pris contact à plusieurs reprises et en utilisant plusieurs canaux pour inviter ces personnes actives dans les milieux antifascistes à respecter nos règles. Nous ne voulions pas de provocation. Nous leur avons clairement fait comprendre que cette manifestation était la nôtre, pas la leur». La police bernoise était également au courant, et un service d’ordre interne de près de 150 personnes devait assurer le bon déroulement de la journée, confie-t-il.

Mais d’autres règles n’ont pas été respectées, regrette Peter Hug. Il y a eu un appel à un rassemblement devant la Reitschule, à 13h, soit avant la manifestation officielle, d’où un mouvement est parti et a marché à travers la ville en direction de la Place fédérale, sans autorisation. «Je suis fâché, nous ne voulions pas ça», conclut le socialiste, qui regrette qu’une poignée de personnes puisse ainsi occuper le terrain. Conclusion: «On parle d’eux et pas de nous et des valeurs que nous défendions, comme les droits humains et la démocratie.»

Le Ministère public régional Berne-Mitteland a ouvert dimanche une procédure pénale. La Ville de Berne portera également plainte.