Après l'ombre du centre funéraire, l'ombre du pénitencier. Le croque-mort qui faisait transférer les défunts dans des cercueils bon marché a été condamné à une peine ferme. Le Tribunal de Sion lui a infligé 3 ans et demi de réclusion pour escroquerie et atteinte à la paix des morts. Il pourrait en outre se voir confirmer l'interdiction de pratiquer. Ses trois employés sont aussi sanctionnés, mais bénéficient du sursis.

Pas de clémence pour le patron de l'entreprise de pompes funèbres. De 1990 à 1997, le transfert des corps, quasi systématique, a été opéré à pas moins de 380 reprises. Après la crémation, les défunts étaient retirés du cercueil d'apparat en chêne pour être déposés dans une simple bière en aggloméré. Les juges ont suivi le ministère public et retenu que le responsable avait ainsi agi par métier.

Ses auxiliaires, qui effectuaient les changements de cercueils, ont également été condamnés pour atteinte à la paix des morts, contrairement à ce que plaidait la défense. La Cour a considéré qu'ils étaient complices de l'escroquerie, mais non par métier. Ils écopent de peines de 14, 12 et 6 mois avec sursis, légèrement inférieures à celles requises par le procureur.

Au total, les condamnés devront verser une somme de 190 000 francs aux 150 familles parties civiles. Soit des montants de 600 à 1600 francs en moyenne, correspondant essentiellement à la différence de prix entre les cercueils. Les quatre intéressés, selon leurs avocats, vont probablement faire appel.

Après ce jugement pénal, la question des sanctions administratives va être examinée par le Département de la santé. Même si le marché des pompes funèbres a été libéralisé en 1999, les dérapages, d'ailleurs commis sous l'ancienne loi, restent punissables.

«Ce cas est très grave et m'a beaucoup choqué. C'est la tâche de l'Etat de prendre les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus», relève le conseiller d'Etat Thomas Burgener.

Dans l'attente du verdict, les trois employés avaient en effet été autorisés à poursuivre dans la profession, mais sous surveillance. Quant au patron, l'interdiction provisoire prononcée pourrait être confirmée. D'autant que l'intéressé, sans emploi, «s'occupe» aujourd'hui dans une nouvelle société de pompes funèbres. Mais il a assuré aux juges qu'il n'était ni administrateur, ni employé, et «nettoyait le dépôt».