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BERNE, 11.06.2018 - Marc Chardonnens, directeur de l'Office fédéral de l'environnement. Photo by Béatrice Devènes
© Béatrice Devènes pour Le Temps

Environnement

Marc Chardonnens: «L’état de la biodiversité en Suisse n'est pas satisfaisant»

Détérioration des habitats, réchauffement climatique ou encore gestion du «littering», le directeur de l’Office fédéral de l’environnement, Marc Chardonnens, évoque les défis qui attendent la Suisse

La dégradation de l’environnement et les problèmes de gestion des déchets s’imposent chaque jour davantage dans les médias et les agendas politiques. Alors que le mécontentement des consommateurs gronde et que l’Union européenne (UE) a récemment annoncé vouloir interdire certains produits plastiques, le directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), Marc Chardonnens, aborde l’action de son département.

Le Temps: Vous êtes en poste depuis deux ans, qu’est-ce qui a changé depuis votre entrée en fonction?

Marc Chardonnens: La population est de plus en plus sensible aux problèmes environnementaux. Il n’y a qu’à voir les diverses initiatives déposées en ce sens, comme celle «pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», déposée cette année.

Quel est l’état de la biodiversité en Suisse?

De manière générale, il n’est pas satisfaisant. Un tiers des espèces animales ou végétales étudiées sont en danger et la moitié des habitats sont en mauvais état. Malgré nos efforts, le déclin se poursuit. Beaucoup de gens pensent que la biodiversité est en bon état dans notre pays parce que le paysage est très vert, mais la population ne se rend pas compte d’autres problèmes plus difficiles à saisir, comme la disparition des espèces ou les atteintes portées à la qualité des sols. A l’opposé, des phénomènes très visibles, comme le littering, font souvent parler d’eux mais n’ont en fait qu’un impact environnemental limité.

Lire notre grand format: Homo plasticus

Parlons du «littering»: sur votre portail internet, vous épinglez avant tout le «comportement des auteurs». Les fabricants n’ont-ils pas également une certaine responsabilité?

Il est clair que les fabricants ont aussi une part de responsabilité. Pour cela, l’OFEV organise une fois par année une conférence avec toutes les parties prenantes, comme les grands distributeurs ou la restauration rapide pour trouver des solutions. Mais qui doit participer et pour quelle masse de déchets? La répartition des coûts est délicate. En 2012, le Tribunal fédéral a, par exemple, considéré qu’un projet de taxe à la charge des propriétaires d’immeubles en ville de Berne ne correspondait pas au principe du pollueur-payeur. La thématique du littering relève en outre souvent d’une compétence locale et cantonale. La Confédération est là en appui.

Un tiers des espèces animales ou végétales étudiées sont en danger et la moitié des habitats sont en mauvais état

Que pensez-vous d’actions comme Plastic Attack? On voit que le ras-le-bol monte chez les consommateurs...

Ce genre de démarche a une valeur importante pour sensibiliser les ménages, les producteurs et les distributeurs au problème du suremballage. Ce n’est toutefois pas complètement nouveau: quand les premières taxes au sac ont été mises en place au début des années 1980, les gens déballaient déjà leurs produits à la caisse pour y laisser l’emballage. Je ne pense pas que diaboliser le contenant, qui a une fonction importante d’hygiène, de logistique ou d’information, soit la solution. Mais des améliorations sont certainement nécessaires dans le domaine.

L’UE a récemment annoncé qu’elle visait à bannir les dix produits plastiques à usage unique les plus répandus. La Suisse a informé qu’elle ne suivrait pas cette initiative. Pourquoi?

La situation suisse en termes d’élimination des déchets est différente. L’Europe dispose de systèmes plus ou moins performants et de beaucoup de décharges à ciel ouvert. En France ou en Italie, entre 30% et 50% des déchets urbains y sont encore entreposés. Chez nous, ça n’existe plus. Tout est valorisé, que ce soit par le recyclage ou au minimum de manière énergétique par l’incinération. Seule une petite partie des déchets en plastique s’échappe dans l’environnement. Nous devons toutefois encore progresser dans ce domaine et trouver des solutions de substitution. Pour ce faire, la législation prévoit en premier lieu de coopérer avec la branche.

Nous ne sommes pas favorables à la collecte de plastiques mélangés, qui ne peuvent souvent pas être recyclés et finissent en décharges ou, au mieux, sont incinérés

Privilégions-nous le recyclage ou l’incinération?

L’un des principes fondamentaux du système de gestion des déchets suisses est qu’il n’occasionne pas de transfert d’effets négatifs d’un domaine environnemental à un autre. Qu’un problème d’air ne se retrouve par exemple pas dans l’eau. Nous privilégions le recyclage à l’incinération, pour autant que le bilan écologique final soit favorable et qu’un marché existe. Il ne sert à rien de faire du recyclage pour faire du recyclage. La Suisse recycle cependant déjà près de 55% des déchets urbains des ménages. Cela ne résout certes pas le problème de l’importance de la consommation dans notre société… Le premier objectif est d’éviter les déchets.

Mais seulement 10% du plastique est recyclé. Que faites-vous pour augmenter ce chiffre?

On peut améliorer cette proportion. Mais ce qui est compliqué avec les plastiques, c’est qu’il y en a beaucoup de différents et que, pour que le recyclage fonctionne, il faut garantir une qualité bien définie. La Suisse collecte pour le moment essentiellement du PET, dont 40 000 tonnes sont réutilisées chaque année. Nous ne sommes toutefois pas favorables à la collecte de plastiques mélangés, qui ne peuvent souvent pas être recyclés et finissent en décharges ou, au mieux, sont incinérés. Des solutions doivent par ailleurs être trouvées au niveau international. Le G7 en a fait une thématique importante cette année, ce qui est encourageant, bien que les Etats-Unis et le Japon n’aient pas souscrit à l’engagement.

En parlant d’international, le Département de l’économie est en tractation pour conclure un accord de libre-échange avec le Mercosur. Est-ce compatible avec la défense de l’environnement?

La liberté de commerce va de pair avec une amélioration de la qualité de vie dans de nombreux pays. Par la force des choses, nous sommes imbriqués dans un marché mondial, qu’il s’agit de configurer de la meilleure manière possible. Mais il faut bien se rendre compte que nous n’avons qu’une seule planète et qu’elle ne peut supporter une course sans fin à la consommation. La communauté internationale a pris conscience de cette limite, qui se traduit par l’adoption à l’ONU des objectifs de développement durable, qui engagent tous les pays à agir avec un premier horizon fixé en 2030. Mais cela prend du temps, et beaucoup d’intérêts sont dans la balance.

Comme on a pu le voir en Suisse, avec le refus de deux projets de parcs nationaux en deux ans?

Voilà. La volonté politique suisse est d’avoir des parcs qui recueillent l’adhésion de la population locale. Ni le projet de parc national Adula aux Grisons ni le Locarnese n’y sont arrivés, malgré dix ans de travail. C’est dommage, mais nous en prenons acte. Notre pays a créé l’un des premiers parcs nationaux d’Europe il y a plus de 100 ans. Il faut toutefois constater que réaliser de tels projets devient de plus en plus difficile.

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