«Y a-t-il une vie après Séoul?» La question qui était posée aux participants du débat public organisé hier à Martigny autour de la déprime postolympique, hante véritablement la plupart des cœurs et des têtes valaisannes. Les lettres incendiaires comme les poèmes émus continuent d'engorger la presse locale.

Ainsi, hier toujours, dans Le Nouvelliste, un lecteur rejetait violemment le reproche chaque jour grandissant fait aux Valaisans d'avoir souverainement méprisé les autres candidatures: «cette prétendue arrogance constitue ni plus ni moins qu'un affront à l'honneur de tous les gens de ce pays qui avaient une légitime fierté à porter le projet vers la victoire… il n'y a pas de gêne à faire preuve d'enthousiasme en faveur d'un projet olympique dans sa région… assimiler cet enthousiasme à de l'arrogance est l'attitude d'intellectuels désabusés.»

C'est dans ce contexte encore très émotionnel que Marc Hodler, invité surprise, est venu s'expliquer devant le public valaisan: «Je ne regrette rien: un soldat qui a fait son devoir ne regrette jamais rien, même s'il est attaqué, même s'il est tué.» Marc Hodler a également expliqué que s'il n'avait pas dénoncé des actes de corruption au CIO, Sion se serait retrouvé avec encore moins de voix qu'il n'en a obtenues. Et a fait cruellement saliver l'assistance en rappelant l'importance des retombées d'une organisation de joutes olympiques: «Lillehammer est devenue en quelques années un temple du sport, on y a organisé l'an dernier encore les championnats du monde de patinage. Il est resté aux Norvégiens un bénéfice de 160 millions de dollars et le tourisme a augmenté de 30% et de 22% pour l'ensemble de la Norvège. Il est normal dans ce contexte qu'on se batte avec tous les moyens pour obtenir une part de ce fabuleux gâteau.» Quant au conseiller national Bernard Comby, il est apparu plus que jamais déterminé à demander des comptes: «le CIO a fait une OPA sur le sport mondial et il se montre incapable de remplir dignement sa mission: la lutte contre le dopage, c'est la justice française qui s'en charge, la dénonciation de la corruption est venue de la Suisse. Nous avons droit à des explications de la part du CIO, car les héritiers de Coubertin ont tout simplement trahi les idéaux olympiques en nous infligeant une défaite à l'irrégulière. Personnellement, les explications données hier par Samaranch ne me satisfont pas du tout.»

Un avenir rassurant

Le président de Valais Tourisme, Jérémie Robyr, lui, est venu plaider pour une vision rassurante de l'avenir touristique dans le canton. Mais le plus virulent, et visiblement encore sous le choc, a été Jean-François Gaillard, président de la fédération internationale des fan's- club sportifs, qui a tout simplement annoncé que son organisation, représentant 20 000 personnes, allait exiger la démission de Juan Antonio Samaranch. Aux rayons des explications encore plus ou moins inédites de la défaite valaisanne, Bernard Comby a mentionné l'importance de la diaspora italienne et Marc Hodler le fait que 19 fédérations internationales sur 34 sports olympiques avaient leur siège en Suisse. «Cette situation crée évidemment des jalousies, d'autant que certains pays craignent des départs prochains de fédérations résidant chez eux.»