Si son profil Facebook révélait son Surmoi, il faudrait créditer Marc Simeth d’une insolente ambition. Car c’est Yoda, le maître de la Force dans la Guerre des Etoiles qu’il a choisi, en lieu et place de sa bobine. Et la «misérable petite créature verte» est symbole d’intelligence, de Bien, de combat et de sagesse.

Abandonnons au turbulent président du Cartel intersyndical les trois premiers attributs. Etant précisé qu’il faut entendre par Bien le goût du manichéisme. A la tête de cette organisation depuis moins d’un an, cet enseignant de 46 ans a convoqué six fois la grève avec succès et a forcé l’Exécutif à reculer.

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Normal que la gauche voit en lui l’étoile montante du syndicalisme genevois. Jean Batou, de Solidarités: «C’est un homme intelligent, énergique, qui dispose d’un bon sens tactique évident. Il incarne bien la relève. Le manque d’expérience de la nouvelle équipe dirigeante du Cartel est avantageusement compensé par son imagination, sa détermination et sa combativité.» Pour la droite en revanche, il représente le dogmatisme dans sa plus pure expression. «C’est un boxeur, estime le député PLR Cyril Aellen. Un combattant émérite pour qui la lutte elle-même compte plus que la cause qu’il incarne. Il semble prendre plaisir à se confronter à l’autorité la plus dure.» Maître Yoda quand l’Empire contre-attaque.

Une analyse que l’intéressé rejette sur le fond mais admet sur la forme: «Je suis un bon Genevois et si on me cherche, on me trouve.» Son meilleur ennemi, le conseiller d’Etat François Longchamp, en sait quelque chose. Mais comme tout bon guerrier, Marc Simeth respecte son adversaire, «un homme bien et dur en affaires». Et qui lui garantit, à lui, la lumière.

Sensible au pouvoir, Marc Simeth? Pas en tant que tel, répond-il. «Mais je me sens des ailes car derrière moi, il y a des gens avec de vrais problèmes pour lesquels je me battrai jusqu’au bout.» Humble: «Ferais-je mieux que le Conseil d’Etat si j’étais dans sa peau? Ça ne risque pas de m’arriver de sitôt.» Franc: «Mais quand on a goûté à la politique, on y prend goût.»

Où l’on apprend qu’il voit plus loin que le budget 2017. S’il rempile une année à la tête du Cartel, la suivante pourrait être celle de l’entrée en politique. A l’extrême gauche? Il laisse le doute planer, dans un sourire. Mais assure qu’aucune flamme communiste ne brille quelque part: «Je suis un vrai socialiste dans l’âme, favorable à une juste redistribution des richesses.» Et Marc Simeth de se lancer dans une de ses diatribes favorites contre l’ultralibéralisme et l’injustice qui frappe la fonction publique, laquelle payerait pour les largesses de l’Etat à l’endroit des entreprises, visez RIE III.

Quand il s’envole, difficile de le forcer à atterrir. «C’est parce que je crois encore pouvoir vous convaincre», plaisante-t-il. Quand on lui fait remarquer que la réciproque n’est pas vraie, tant on sait ses idées arrêtées, il rétorque: «Je ne suis pas hostile à l’entreprise ni dogmatique, sauf peut-être sur la défense des employés de l’Etat.»

Aussi, lorsqu’on lui rappelle qu’il n’avait rien trouvé à redire quand son collègue Paolo Gilardi avait appelé en assemblée générale du personnel au boycott du Temps – à cause d’un éditorial fort éloigné de la ligne du parti – on sent un léger malaise. Non, il ne partage pas le goût pour la censure de son collègue, mais il ne saurait faire la leçon à un cacique du SSP. Respectueux des chapelles et des hiérarchies, le petit bleu.

Dans le combat qui l’oppose au Conseil d’Etat, il ne conçoit la victoire que totale: «Obtenir des augmentations de postes, préserver les conditions de travail.» S’il dit vrai – et il dit vrai – les négociations seront difficiles. Pas sûr cependant qu’il soit prêt à se forger une légitimité ailleurs que dans l’opposition. A moins que ce bretteur n’entrevoie les vertus politiques du compromis. Mais sans doute n’entend-il pas ainsi la sagesse.