portrait

Marcel Dobler, conseiller national, millionnaire, homme d’affaires et sportif d’élite

Conseiller national depuis 2015, fondateur de Digitec, millionnaire, coauteur du «Manifeste numérique», Marcel Dobler espère participer aux Jeux olympiques de Pyeongchang comme pousseur dans une équipe de bob à quatre

Un conseiller national aux Jeux olympiques? Cela n’est jamais arrivé, mais c’est le secret espoir, «un rêve d’enfant», que caresse Marcel Dobler. Elu en 2015 sur la liste du PLR du canton de Saint-Gall, ce politicien au physique de rugbyman (1 m 87, 103 kilos) rêve de faire partie d’une des équipes suisses de bob à quatre qui seront sélectionnées pour les JO de Pyeongchang, en Corée du Sud, en février 2018. Avant lui, l’UDC zurichois Werner Vetterli avait participé deux fois (1952 et 1960) aux Jeux d’été en pentathlon moderne et l’UDC bernois Simon Schenk avait entraîné l’équipe suisse de hockey sur glace aux Jeux de Calgary en 1988. Toutefois, dans les deux cas, c’était bien avant d’accéder au Conseil national.

Marcel Dobler, c’est une force de la nature doublée d’un homme d’affaires qui a rapidement saisi les possibilités commerciales d’Internet. En 2001, il a fondé avec deux amis la boutique en ligne Digitec SA, qui a été complétée en 2010 par Galaxus. Leader suisse du marché en ligne, elle emploie 800 personnes. «Digitec propose du matériel informatique et électronique de divertissement alors que Galaxus vend tous les autres produits non alimentaires», résume Marcel Dobler.

Le sport et l’électronique

Très jeune, il s’est partagé entre ses deux passions: le sport, d’abord par le football, et un apprentissage d’électronicien. «Avec mes deux amis, nous jouions à des jeux électroniques et bricolions des ordinateurs. Nous avons fait un peu d’argent avec ça. Lorsque nous avons fondé Digitec, nous n’avions pas l’ambition de créer une grande société, nous avions juste du plaisir. Tout l’argent gagné était réinvesti dans l’entreprise», raconte-t-il.

«Nous avions trois personnalités différentes, nous n’étions jamais du même avis, mais nous savions nous écouter et chacun avait son petit jardin. La convivialité de notre site a été la clé de notre succès», poursuit-il.

«Jusqu’en 2006, je n’ai fait que travailler. Puis j’ai eu un peu plus temps. Je me suis tourné vers l’athlétisme. Je me suis entraîné au décathlon, ça m’a plu, j’ai persévéré. En 2009, j’ai été champion suisse dans cette épreuve aux dix disciplines», raconte-t-il.

Fortune de 50 millions

Le business se développait fort. Il s’est à nouveau consacré davantage à son entreprise, qui a connu d’importants changements: entrée de Migros dans le capital à raison de 30%, toit commun avec Galaxus et, surtout, Marcel Dobler a quitté le navire en 2014. «J’avais envie de faire autre chose, je ne voulais pas rester dans ma zone de confort», se souvient-il. L’opération en a fait l’un des parlementaires les plus fortunés: Bilanz estime ses avoirs à 50 millions. Interdit de concurrence pendant deux ans, il s’est lancé dans une formation postgrade. «Et la politique commençait à m’intéresser. J’ai adhéré au PLR, un choix que j’ai fait après avoir comparé mon profil smartvote avec ceux des politiciens en activité», sourit-il.

Il avait à nouveau un peu de temps pour pratiquer une activité sportive. «Mais je n’avais pas envie de faire du golf ou du fitness», rigole-t-il. «Un ami sprinter m’a emmené voir un entraînement de bob», enchaîne-t-il. Il a rencontré Beat Hefti et Rico Peter. Il avait le bon gabarit: «Il faut de la force, de la rapidité et du poids. J’avais tout ça.»

Mais la politique a créé la surprise. Alors qu’il avait rallié le PLR dans l’idée de se faire élire un jour au Grand Conseil saint-gallois, il s’est retrouvé sur la liste du parti pour le Conseil national en octobre 2015 et a été directement élu! Son début de carrière politique ne l’a toutefois pas empêché de s’imposer comme pousseur. La saison 2015-2016 a été ponctuée par un titre de champion suisse de bob à quatre et de vice-champion en formation duo. Il ne participera pas à l’épreuve de Coupe du monde de Pyeongchang en mars mais garde le site sud-coréen dans son viseur, car c’est également là que se dérouleront les Jeux olympiques en 2018.

Au parlement, en raison de la concurrence interne et du droit d’ancienneté, ce féru de révolution numérique n’a pas pu accéder à la Commission de l’économie dont il rêvait. Il siège à celle de la sécurité. «C’est bien aussi. J’ai été grenadier dans la police militaire et on y traite de questions importantes comme la cybersécurité.» Sur le plan professionnel, il s’apprête à prendre la présidence, le 16 mars, de l’association faîtière de la branche des technologies de l’information et de la communication ICTswitzerland. Il est l’un des 50 auteurs du «Manifeste digital» remis au conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann le 24 janvier.

Un conseil consultatif

Ce document stratégique recense diverses revendications politiques, économiques et sociales «pour donner à la Suisse un rôle de premier plan dans la transformation numérique mondiale». «La révolution industrielle 4.0 ne doit pas fracturer la société», avertit Marcel Dobler.

Le «Manifeste» réclame par exemple un coup de pouce financier supplémentaire de 2 milliards de francs pour la recherche fondamentale sur les nouvelles technologies dans les EPF. Il suggère la création d’un fonds privé de 500 millions qui permettrait par exemple aux caisses de pension d’investir dans l’innovation. Il propose de flanquer le Conseil fédéral d’un conseil consultatif en matière de numérique «composé de spécialistes indépendants et divers». Marcel Dobler préfère cela à un huitième conseiller fédéral ou un secrétaire d’Etat entièrement affecté à cette question. «Le numérique est un enjeu transversal, on ne peut pas le concentrer dans un seul département», justifie-t-il.

A Berne, il consacre une bonne partie de son temps à défendre ce projet. Et lorsqu’il n’est pas dans la capitale, il entraîne ses muscles, son sprint, son saut latéral, des efforts qui seront peut-être, récompensés, par une présence à Pyeongchang l’hiver prochain.


Profil

1980 Naissance à Männedorf (ZH)

2001 Fondation de Digitec SA

2009 Champion suisse de décathlon

2010 Lancement de Galaxus par un cofondateur de Digitec

2014 Fusion de Digitec et Galaxus, départ de l’entreprise, débuts dans le bob à quatre

2015 Election au Conseil national

2016 Champion suisse de bob à quatre et vice-champion suisse de bob à deux

2017 Election à la présidence d’ICTswitzerland, remise du «Manifeste numérique» à Johann Schneider-Ammann

Publicité