Créé en 2009 à la suite de la crise financière par un informaticien anonyme, le Bitcoin prend de l’ampleur au niveau mondial. En Suisse, le marché est en pleine construction: des plateformes de négoce s’ouvrent et un nombre croissant de commerces accepte cette monnaie dématérialisée.

«Le marché suisse existe depuis environ un an», explique Alexis Roussel, directeur et fondateur de la société de négoce SBEX, basée à Genève. Cette entreprise, lancée en janvier dernier, est l’une des deux plateformes d’échange de Bitcoins membres d’un organisme d’autorégulation existant en Suisse et la seule en Romandie. La seconde, Bitcoin Suisse AG, est établie à Baar (ZG).

Au niveau mondial, le volume de transactions journalier en Bitcoins est actuellement estimé à 64 millions de dollars (61 millions de francs) par le site blockchain.info, qui publie des statistiques globales sur le marché. En Suisse, le volume est plus difficile à quantifier, en raison de la non localisation de cette monnaie virtuelle, explique M. Roussel.

Ce dernier estime toutefois qu’il peut se compter en millions de francs par mois en moyenne. «Une entreprise basée à Zoug a par exemple levé 20 millions de francs en Bitcoins il y a un mois», souligne-t-il.

Les commerçants jouent le jeu

Selon le site spécialisé coinmap.org, quelque 80 commerces helvétiques acceptent déjà le Bitcoin comme moyen de paiement. La plupart sont concentrés dans les deux grandes métropoles du pays, Zurich et Genève.

«De plus en plus de commerçants passent au Bitcoin, qui présente l’avantage de pouvoir acheter sans carte de crédit», assure Alexis Roussel. Pour Francisco Ortiz, directeur de Btc Suisse, société de conseil fondée en avril dernier, le système est particulièrement adapté aux microtransactions, notamment grâce aux applications pour smartphones, très simples d’utilisation.

Mi-octobre, un Bitcoin s’échangeait contre environ 350 francs, mais la volatilité de cette monnaie est encore très grande. Les prix devraient se stabiliser une fois le marché installé.

Toucher le grand public

Afin de toucher un plus grand public, des automates – permettant de changer ses billets contre des Bitcoins – voient progressivement le jour en Suisse, qui en compte entre cinq et six. «D’ici à la fin de l’année, l’objectif est d’en installer un dans chaque grande ville», précise M. Roussel.

A Genève, la société SBEX loue un espace à la crêperie des Pâquis pour son automate, installé en mars dernier. «Cet appareil nous ouvre un marché supplémentaire, à une autre économie. Nous sommes clairement dans une démarche marketing», confie Jarod Keiser, associé du restaurant.

S’il reconnaît une part d’activisme, M. Keiser estime toutefois important d’être parmi les premiers à accompagner l’essor de ce nouveau marché. D’autant que le succès semble au rendez-vous: «Au mois d’août, l’automate à Bitcoins a représenté 5% de notre chiffre d’affaires», souligne le gérant.

«Cryptovalley»

Selon lui, il ne s’agit pas d’un phénomène de mode, mais au contraire d’une évolution technologique, qui s’imposera à terme. «Je suis persuadé que le Bitcoin deviendra mainstream dans deux ou trois ans».

A l’avenir, le Bitcoin et le franc cohabiteront côte à côte et seront utilisés en complément, assurent pour leur part MM. Roussel et Ortiz. Ce dernier va encore plus loin et évoque une Suisse transformée en capitale mondiale des monnaies cryptographiques, une véritable «Cryptovalley».