Le conseiller aux Etats Marco Chiesa est le nouvel homme fort de l’UDC. Porté à la présidence à l’occasion de l’assemblée des délégués du parti, qui se tenait ce samedi à Brugg (AG), le Tessinois remplace le conseiller national bernois Albert Rösti, qui occupait ce poste depuis 2016. Premier Latin à présider le parti, il devra encore s’imposer sur la scène nationale. Peu germanophone et inconnu d’une partie de l’UDC, il n’a pas recueilli l’unanimité parmi les délégués, dont plusieurs membres ont regretté sans ambages qu’il soit l’unique candidat proposé par la direction.

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«Il connaît le mode de vie romand»

Agé de 45 ans, marié et père de deux enfants, le Tessinois aura la responsabilité «de faire sortir le parti de la phase difficile dans laquelle il se trouve», a souligné Caspar Baader, directeur de la commission de recrutement de l’UDC. La perle rare n’a pas été facile à trouver. Directeur d’une maison de retraite jusqu’en début d’année, Marco Chiesa avait lui-même refusé de se porter candidat avant de changer d’avis, au plus grand soulagement de la direction du parti: «Nous voulions un président qui ait une bonne image, qui soit jeune et qui puisse réunir nos membres dans toutes les régions, a souligné Caspar Baader. Marco Chiesa est une chance. Il connaît bien notre pays, il parle italien, français, et aussi, je vous l’assure, très bien l’allemand.»

Face à une assemblée essentiellement alémanique – les délégués présents à Brugg s’exprimant souvent en dialecte avant que quelqu’un ne leur fasse signe de passer à l’allemand pour la compréhension des Romands – l’arrivée d’un premier Latin à la tête du parti ne s’est pas faite sans résistance. «Nous devons renforcer nos sections romandes, a plaidé Albert Rösti devant ses ouailles. Comme il a vécu à Fribourg, où il a étudié l’économie d’entreprise, il connaît leur mode de vie. C’est un avantage.»

Outre ses origines latines, il est reproché par une partie de la base du parti au natif de Lugano de tenir une ligne qui ne serait «pas assez dure». Affable et souriant, le sénateur n’en est pourtant pas moins vice-président de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), aile droitiste du parti de droite. Autre critère déterminant à sa nomination, «il a du succès», a souligné la direction du parti. Au parlement depuis cinq ans, Marco Chiesa connaît en effet une ascension rapide qui s’est encore accélérée le 20 octobre dernier, date à laquelle il a détrôné le conseiller aux Etats Filippo Lombardi, poids lourd du PDC en poste depuis vingt ans, pour décrocher un historique premier siège UDC tessinois à la Chambre des sénateurs.

Une certaine agitation juste avant de faire voter les délégués a tout de même poussé Albert Rösti à prendre en exemple le Parti socialiste, «qui a lui aussi élu un non-Alémanique à sa présidence, Christian Levrat, dans le passé». Le soutien au Tessinois a finalement paru largement suffisant, même si le décompte final des voix n’a pas pu être effectué, la majorité des délégués s’étant levée pour applaudir Marco Chiesa, évitant un moment potentiellement délicat. Pas déstabilisé pour si peu, le Tessinois a voulu rassurer dans son discours inaugural: «Je viens d’un canton aux avant-postes des problèmes qui pourraient bientôt submerger la Suisse: les bouchons sur la route, le dumping salarial, la hausse de la criminalité et des prix de l’immobilier. Je me battrai pour que cela change.» Le nouveau président a obtenu d’être «indemnisé de manière équitable» dans son nouveau rôle, jusqu’ici non rémunéré.

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«Un million d’immigrants en treize ans»

Avant de se choisir un nouveau chef, les délégués de l’UDC avaient préalablement adopté les consignes de vote concernant les objets de votations soumis au peuple le 27 septembre. L’initiative de limitation de l’UDC, qui souhaite mettre un terme à la libre circulation des personnes avec l’UE, la révision de la loi sur la chasse, l’augmentation des déductions fiscales pour les frais de garde des enfants et l’acquisition de nouveaux avions de chasse ont été acceptés à l’unanimité. Finalement balayé, le congé paternité a suscité davantage de remous. «C’est une opportunité de soutenir la natalité des familles suisses», a plaidé devant ses collègues la vice-présidente du parti, Céline Amaudruz (GE). Sans succès.

Au même moment ou presque, lors de son assemblée en ligne, le PLR a aussi opté pour le non au congé paternité, à une voix d’écart.

Deux thématiques principales ont par ailleurs monopolisé l’attention: l’immigration et les bouchons sur la route. Les seconds étant généralement mis sur le compte de la première. «Un million de personnes sont venues en Suisse ces treize dernières années, ça ne va pas!» a répété comme un slogan la majorité des orateurs face à des déluges d’applaudissement. Pour montrer «la gravité de la situation», le conseiller national Marcel Dettling (SZ), chef de la campagne pour l’initiative de limitation, a même installé un sablier sur le podium en début de journée: «pour compter le nombre d’étrangers qui seront rentrés en Suisse le temps de notre assemblée». Le résultat final n’a pas été communiqué.

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Le coronavirus en arrière-plan

A noter que, dans une salle remplie comme un œuf et malgré une forte proportion de personnes à risque, personne – ou presque – n’était masqué parmi les délégués. Le concept de sécurité de la journée recommandait pourtant «de porter en permanence un masque de protection» et Albert Rösti (BE) avait entamé la journée en appelant ses collègues à la prudence «pour éviter que toute l’UDC ne soit en quarantaine la semaine prochaine».