Surprise ce jeudi au Conseil national: par 132 voix contre 52 (13 abstentions), la Chambre basse a largement accepté le projet de mariage pour tous. Double surprise, elle a accepté sa version la plus progressiste, celle qui prévoit l’accès pour les couples lesbiens au don de sperme et la présomption de maternité pour l’épouse de la mère. Les associations de défense des LGBT+ se réjouissent d’une décision «attendue depuis des décennies».

«La société suisse évolue»

«Nous sommes évidemment très, très contents», exulte Muriel Waeger, porte-parole du comité Mariage civil pour toutes et tous. Pour l’occasion, ce dernier s’était réuni dans une salle de l’hôtel Novotel, situé juste en face de la Bernexpo (où les parlementaires siègent temporairement dans le respect des normes sanitaires en vigueur). L’ambiance sur place est joyeuse, les drapeaux arc-en-ciel s’agitent de toute part. «La majorité est claire, poursuit la militante. Bien plus élevée que ce à quoi nous nous attendions.»

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Soutenu par l’ensemble de la gauche, le projet a bénéficié de l’appui de l’intégralité du PLR, mais aussi de celui de bon nombre de politiciens du centre. Seuls l’UDC et quelques PDC, dont le farouche opposant valaisan à la loi Benjamin Roduit, ont refusé le projet. «Je pense que le signal envoyé par la population le 9 février dernier [interdiction de la discrimination selon l’orientation sexuelle acceptée à 63,1% des suffrages] a été clair, poursuit Muriel Waeger. Par conséquent, le parlement a choisi de ne pas faire les choses à moitié. Et d’aller de l’avant avec la PMA. Cela montre l’évolution de la société sur ces dix dernières années.»

Egalement en faveur du mariage pour tous, et conscient des déséquilibres que le partenariat enregistré suscite encore (pas de naturalisation facilitée du conjoint notamment), le Conseil fédéral s’était pourtant opposé à l’ouverture de la PMA et au concept de présomption de maternité. Sans succès. La plupart des politiciens appelés au micro ce jeudi ont défendu le projet le plus compréhensif sans hésiter. «Jusqu’à 30 000 enfants vivent déjà dans des familles arc-en-ciel», a rappelé à la barre Min Li Marti (PS/ZH). «Les enfants doivent savoir d’où ils viennent, ce que les banques de sperme suisses permettent, contrairement à certains dons anonymes faits à l’étranger», a abondé à sa suite Kathrin Bertschy (Vert’libéraux/BE). Les détracteurs du projet lui reprochent en effet, entre autres, de priver les enfants d’un père.

Vers un référendum?

Si la majorité a jugé bon de privilégier une réforme judiciaire ambitieuse, la révolte s’organise. «Un référendum est en discussion», confirme Marc Früh, représentant romand de l’Union démocratique fédérale (UDF). Le petit parti évangélique était déjà à l’origine du référendum sur la criminalisation de l’homophobie. «Je suis éducateur et je n’accepte pas le marchandage d’enfants, souligne le Jurassien bernois. Tout le monde s’émeut actuellement du traitement des Noirs, mais les enfants, tout le monde s’en fiche. Je ne suis pas d’accord. Les enfants ne peuvent pas se défendre quand ils sont victimes.» Sans forcément participer à la récolte des signatures, le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) fait savoir que l’UDC devrait soutenir cette opposition.

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Vu le plébiscite populaire anti-homophobie constaté dans les urnes en début d’année, quelle chance aurait-elle en votation? «C’est la question des enfants qui sera centrale, estime le Genevois. Imaginez qu’une femme tombe enceinte puis se marie avec une autre femme, qui devient le père de l’enfant et prive le géniteur de ses droits de père – et l’enfant de son droit d’avoir un papa. C’est inimaginable. La votation de début d’année traitait d’une réforme du Code pénal sans grande influence pour la majorité des citoyens. Ce sujet touche davantage de personnes. Je ne pense pas qu’il sera plié de la même manière.»

En attendant une possible votation, le dossier passe au Conseil des Etats. «Et si les sénateurs PLR suivent les idéaux de leurs collègues du National, cela devrait passer», espère Muriel Waeger. Réponse en septembre prochain.