D’ici quelques années, tout le monde aura oublié que son élection s’est jouée dans un mouchoir de poche. Son nom, en revanche, restera dans les livres d’histoire, aux côtés de ceux de Gabrielle Nanchen, la première Valaisanne élue au Conseil national, en 1971, d’Esther Waeber-Kalbermatten, qui, depuis 2009, est la première représentante de la gent féminine à l’exécutif cantonal, ou encore de Viola Amherd, la seule Valaisanne, jusqu’ici, à avoir obtenu un siège au gouvernement fédéral. C’était en décembre 2018. En devenant la première sénatrice du Vieux-Pays, Marianne Maret fait partie des femmes qui ont marqué l’histoire de son canton.

Son amour de la chose publique est né lors de ses jeunes années. «Mon goût pour la politique m’est venu de ma famille. Les débats, surtout lors des périodes de votations, étaient nourris», se souvient-elle. Autour de la table, une grand-mère maternelle radicale, un père, fils d’ouvrier, aux sensibilités de gauche, malgré son poste à responsabilités, et une mère démocrate-chrétienne. Pour Marianne Maret, ce sera d’ailleurs le PDC, comme sa maman. «C’est le parti qui correspondait le mieux à mes valeurs et à la vie que je menais au moment de me lancer en politique. C’est toujours le cas aujourd’hui, même si l’on n’est jamais d’accord à 100% avec sa famille politique», admet-elle.

Sa carrière débute à Troistorrents, sa commune perchée à 765 mètres d’altitude dans le val d’Illiez, au sein d’une commission consacrée aux affaires sociales. Puis ce sera, le conseil communal durant huit ans, avant d’enchaîner avec deux mandats à la tête de l’exécutif. En parallèle, elle préside la Fédération des communes valaisannes et est élue au parlement cantonal, où elle siégera durant dix ans, avant de renoncer à son mandat, après son élection, au début de novembre, au Conseil des Etats. Le dernier chapitre de sa vie politique, promet-elle.

Pas le premier choix du PDC

Rien ne prédestinait pourtant Marianne Maret à représenter le PDC du Valais romand pour cette élection. Le siège était promis à Yannick Buttet, avant son départ de Berne, embourbé dans des accusations de harcèlement. Pour le remplacer, elle n’était pas en tête de liste, elle sera pourtant désignée par son parti. «Au début, je m’étais mis une barrière, à cause de mon âge et du fait que mon mari allait prendre sa retraite», reconnaît-elle. C’est ce dernier qui l’a fait changer d’avis et qui l’a poussée à se lancer dans cette bataille.

A 61 ans, Marianne Maret a trouvé la force de relever ce défi dans son expérience de vie. «Mon parcours m’a donné une solidité que je n’aurais jamais eue à 30 ans», concède-t-elle. Si elle reconnaît que son court passé d’arbitre de basket – elle fut une des premières femmes du canton à exercer cette fonction – lui a appris à avoir une certaine autorité et à ne pas se laisser déstabiliser, c’est surtout sa réalité de mère de famille qui a sculpté sa personnalité.

Déjà parents de deux garçons et d’une fille, Marianne Maret et son mari, Christian, ont décidé, à la fin des années 1980, d’adopter un quatrième enfant. «Lorsque nous avons pris cette décision, nous avons choisi d’adopter un enfant avec un handicap physique. Nous voulions offrir une famille à un être qui avait moins de chances d’être adopté que les autres.» Ils accueillent Kamal, qui vient d’Inde et qui est atteint de polio. Ses nouveaux parents ne savent pas qu’il a également un handicap mental lourd. Il souffre de troubles autistiques. «Nous avons fait, avec lui, le même chemin qu’avec nos autres enfants», souligne-t-elle.

La maison «impeccable»

Marianne Maret sait que cette expérience de vie, de femme au foyer et de mère, lui sera utile sous la Coupole fédérale. C’est d’ailleurs un peu grâce à elle que la quasi-totalité des parlementaires fédéraux la connaissent déjà, alors qu’elle ne siège à la Chambre haute que depuis quelques semaines. «Lors des premiers jours de session, toutes les personnes vers qui je me rendais me disaient qu’elles savaient qui j’étais: la Putzfrau la plus connue de Suisse», rigole-t-elle.

Quelques heures après son élection, Marianne Maret explique à la télévision locale Canal9 que, le matin même, pour s’occuper, elle a fait ce que toute femme au foyer fait quand elle s’embête, elle a rendu la maison impeccable. La démocrate-chrétienne reconnaît aujourd’hui que cette phrase était maladroite: «Le fait que je fasse une généralité d’un cas particulier a blessé de nombreuses femmes.»

Cette mésaventure, mais plus généralement l’ensemble de la campagne au Conseil des Etats, a fait prendre conscience à Marianne Maret que jamais elle ne pourrait représenter toutes les Valaisannes. «La représentativité est très importante. Ça fait du bien de voir autant de femmes sous la Coupole fédérale, mais il est nécessaire de sortir de ce schéma qui veut qu’une femme soit représentative de toutes les femmes. Nous ne demandons pas à un élu masculin de représenter tous les hommes, pourquoi est-ce que ce serait différent pour une femme?»


Profil

1958 Naissance à Martigny.

1979 Mariage avec Christian.

1982 Naissance de son premier enfant, puis des trois autres, jusqu’en 1989.

1996 Première élection, au Conseil communal de Troistorrents.

2019 Devient la première Valaisanne élue au Conseil des Etats.