L’arrivée à Bulle est épique. La gare est en complète rénovation, il faut longer un quai sans fin pour atteindre le cœur de la cité gruérienne. A droite, le château et à gauche, l’Hôtel de Ville. Marie-France Roth Pasquier nous attend devant. Elle siège à l’exécutif de Bulle, mais n’a même pas de bureau. Après quelques recherches, un local vide est trouvé. Celui de la déléguée à l’intégration. On s’y installe. A quelques mètres de la salle en bois où siège habituellement le Conseil communal. Mais depuis la crise du covid, les municipaux se retrouvent dans un lieu plus grand.

Marie-France Roth Pasquier a émergé sur la scène politique suisse il y a quelques mois en devenant conseillère nationale. Elle a créé la surprise en devançant l’ancien président du Grand Conseil Bruno Boschung.

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Dans sa ville, cette mère de trois enfants de 13, 15 et 17 ans est connue depuis plus longtemps. Son premier mandat politique date de 2006, lorsqu’elle est élue au Conseil général (législatif) de Bulle. Le début de l’ascension. En 2011, elle rejoint le Conseil communal (exécutif). Puis le Grand Conseil et le Conseil national. Triompher à Berne, sans abandonner Bulle. Contrairement à l’autre Bulloise victorieuse, la PLR Johanna Gapany, élue au Conseil des Etats, Marie-France Roth Pasquier a décidé de cumuler les mandats. «C’est essentiel de conserver un ancrage local, d’avoir des contacts avec les citoyens.» Elle ajoute avec cette sincérité qui ne la quitte jamais: «A Berne, on oublie les communes.»

Fibre verte

Toujours conseillère communale, officiellement c’est un 40%, elle est à la tête d’un dicastère dont l’appellation est unique au monde: Jeunesse, intégration, transports, régionalisation. Décryptage: l’intégration dépasse largement la question des étrangers, il s’agit d’impliquer les citoyens dans la cité pour mieux vivre ensemble. C’est «Bulle Sympa». A Bulle, on aime jouer avec les mots, il y a aussi Mobul, qui s’occupe de transport, d’agglomération ou d’aménagement du territoire. Des thématiques qui passionnent cette PDC à la fibre verte assumée. Avec son regard bleu vif, elle admet avoir été déçue de ne pas pouvoir siéger à Berne dans une des commissions qui traitent de ces problématiques. En tant que nouvelle, elle a dû se contenter de la commission, moins prestigieuse, de la science, de l’éducation et de la culture.

Grandir au milieu d’un café, ce n’est pas toujours facile. On n’avait pas de soirées devant la télévision, peu de congés. Depuis toute petite, je donnais des coups de main à mes parents

Marie-France Roth Pasquier

La politique au bistrot

Marie-France Roth Pasquier n’est pas une politicienne qui a rêvé toute sa vie de siéger sous la Coupole fédérale. «Je n’avais pas de plan de carrière, ce sont les circonstances qui m’ont amenée au Conseil national, soudain tout s’est enchaîné.»

Sa famille ne faisait pas de politique. Ses parents géraient un restaurant à Gruyère, puis au Pâquier. «Dans un bistrot, on parle politique. C’était surtout le cas à Gruyère. Les conseillers communaux venaient boire un verre après les séances…», raconte-t-elle avec son sourire perçant. Discrètement, elle écoutait les discussions. Un cadre qui a inspiré d’autres politiciennes, la Gruérienne rappelle, avec un brin de malice, que Doris Leuthard, Karin Keller-Sutter ou encore la nouvelle conseillère d’Etat vaudoise Christelle Luisier sont toutes issues de familles de restaurateurs.

Elle se plonge dans ses souvenirs. Son papa, aujourd’hui décédé, était très informé, curieux. Il avait des opinions, mais n’était membre d’aucun parti. Quant à sa maman, en bonne commerçante, elle payait des cotisations à la fois aux radicaux et aux démocrates-chrétiens. Marie-France Roth Pasquier n’idéalise pas pour autant son enfance: «Grandir au milieu d’un café, ce n’est pas toujours facile. On n’avait pas de soirées devant la télévision, peu de congés. Très tôt, j’ai donné des coups de main à mes parents et, dès 12 ans, je travaillais sérieusement dans le café.»

Supprimer le «C»

Est-elle heureuse à Berne? «Je m’y plais bien», affirme-t-elle en toute simplicité. Cependant, elle ne le cache pas, tout n’a pas été facile. «Ce qui me faisait peur, c’est la masse d’informations que l’on reçoit. Nous devons vraiment choisir nos combats.» Plutôt timide et réservée, elle a très vite compris qu’elle était entrée dans une nouvelle dimension: son parti, en perte de vitesse, compte beaucoup sur elle: «Si je peux prêcher la bonne parole du PDC en Suisse romande, je le fais volontiers.»

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«Prêcher», elle utilise volontairement, avec provocation, ce terme: «Je prêche le «C» dans le sens consensus, compromis ou centre.» En revanche, elle est prête à abandonner toute référence chrétienne. «Ce terme fait peur à beaucoup de jeunes qui ne s’identifient pas à ce nom. Finalement, c’est une question de marketing, car notre politique ne changera pas», dit avec conviction la Fribourgeoise qui cultive sa différence avec la ligne alémanique du parti suisse. Elle est plus verte, plus sociale, plus Européenne.


Profil

1968 Naissance au Lac Noir.

1992 Stage à la Commission européenne.

2003 Naissance de son premier enfant. Suivent deux autres en 2004 et en 2007.

2006 Première élection, au Conseil général de Bulle.

2011 Election au Conseil communal de Bulle.

2019 Election au Conseil national sur la liste du PDC fribourgeois.


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