Elle donne l'impression d'être loquace, pourtant elle ne l'est pas. Elle se dit expansive, mais ses secrets restent bien gardés. Il y a chez Marie-Thérèse Engelberts une maîtrise de soi très particulière, une personnalité «qu'elle a construite toute seule». D'ailleurs elle affiche l'image d'une femme élégante et soignée, d'une femme volontaire qui tient d'une main ferme le gouvernail de sa vie. De cette indépendance farouchement revendiquée, elle nourrit la forte vitalité qui émane d'elle. Mais aussi sa carapace, soigneusement entretenue. Tout ce qui l'entoure témoigne de sa volonté de rester maîtresse du jeu: son tailleur rose est impeccable, son maquillage parfait et un ordre harmonieux règne dans son bureau de directrice.

Après les révélations publiées la semaine dernière dans la presse sur une dette de 130 000 francs auprès de la Fondation du Bon Secours, cachée puis rapidement épongée avant les élections, Marie-Thérèse Engelberts avoue ne s'être jamais imaginé ce que pouvait être une attaque publique qui vous vise personnellement. «C'est difficile d'être l'unique cible du tir.» A 54 ans, cette femme qui arbore comme un trophée le fait de s'être toujours débrouillée seule, doit maintenant compter avec les autres. Avec les électeurs, avec son parti, mais aussi avec ses ennemis. Désormais, c'est sur un terrain politique qu'elle doit avancer, celui des coups bas et des manœuvres. On lui demande donc d'être transparente. Mais qu'est-ce que la transparence, quand on a fait de la réserve son arme la plus précieuse?

Comment comprendre cette nature secrète? «J'ai eu une enfance un peu chahutée», dit-elle évasivement. Un père piémontais et une mère valaisanne qui se séparent cinq ans après sa naissance et la placent dans un orphelinat tenu par des religieuses italiennes. Elle y passera plus de sept ans. De cette période, elle affirme n'avoir gardé aucune amertume. «J'ai simplement acquis une sensibilité particulière. C'est vrai, j'ai profondément ancré en moi le sentiment d'être seule.» Mais elle en retient aussi un goût certain pour la liberté et une absence de peur devant les expériences et les risques. Après des études d'infirmière, métier qu'elle a exercé quelques années, elle s'inscrit à l'université en sciences de l'éducation, enceinte de sa première fille. C'est enceinte de la seconde qu'elle terminera sa licence. A 36 ans, elle est assistante. Mais la recherche universitaire est un monde trop irréel. Elle lui préfère celui, plus concret, d'une multinationale en informatique où elle devient responsable, pour toute l'Europe, de la formation continue des employés. De l'Ecole du Bon Secours, dont elle devient directrice en 1989, elle fait une institution solidement reconnue, ouverte sur le monde. En Albanie, l'Ecole a collaboré à la réforme nationale de la formation d'infirmière.

Des règles à respecter

Restait encore la politique. Une aventure dans laquelle Marie-Thérèse Engelberts s'est engagée à sa façon, énergique et volontaire. Sans peut-être mesurer qu'elle allait, cette fois-ci, devoir compter sur d'autres que sur elle-même. Même si les révélations sur son emprunt au Bon Secours, rendu public à la veille des élections, ressemblent clairement à une cabale, elles ont tout de même démontré que la candidate démocrate-chrétienne au Conseil administratif n'avait pas compris quelles étaient les exigences imposées par une magistrature publique. Il est des règles que l'on se doit de respecter si l'on veut être crédible. La transparence financière en est une. Et Marie-Thérèse Engelberts, même de bonne foi, l'a oublié. «J'ai cru que cela ne regardait personne et je pensais tout régler moi-même.»

En politique, l'indépendance n'a plus les mêmes vertus. Elle s'est révélée, ici, mauvaise conseillère. Ainsi le remboursement rapide de la dette a soulevé plus de questions qu'il n'en a résolu. Comment prouver que la candidate n'aura aucun lien de reconnaissance avec ceux qui lui ont rendu ce service? Le professeur Bernard Chapuis, en tant que président du Conseil de Fondation du Bon Secours, a participé à l'organisation de ce remboursement. Il s'est porté garant des créanciers de Marie-Thérèse Engelberts. «Aucun n'exercera de pression sur elle: ce sont tous des amis proches.» La bonne foi ne suffit pas pour réparer une maladresse politique.

Pour la première fois, peut-être, Marie-Thérèse Engelberts aurait dû désobéir à son instinct de solitaire.