Marignan 1515, la bataille ressuscitée

Histoire L’exposition sur la bataille de Marignan s’ouvre samedi à Zurich

Elle offre une plongée dans la vie des mercenaires confédérés

Le musée n’esquive pas le débat sur la neutralité

Les grandes puissances sont regroupées autour d’une partie de poker. L’enjeu de cette manche entre le pape, les Français et les Vénitiens? Le duché de Milan, une métropole convoitée de 100 000 habitants en cette fin du XVe siècle.

Au premier plan, un Confédéré participe au jeu et tient un as en main, «une carte militaire puissante». La gravure de 1514 reproduit les tensions qui se jouent sur le continent à la veille de la bataille de Marignan, et la réputation militaire des Helvètes. Elle est exposée après une étoffe de soie brodée d’or et de riches apparats de la famille régnante de Milan, les Sforza.

Il n’est donc pas question que d’armures et de canons dans l’exposition qui s’ouvre ce samedi en l’honneur des 500 ans de la bataille des géants. Le Musée national suisse à Zurich prend soin de planter le décor.

On découvre la vie des mercenaires confédérés qui vendent leurs services à prix d’or. Ils reçoivent du pape une épée d’apparat – une des pièces maîtresses de cette exposition – pour avoir aidé à chasser les Français d’Italie dès 1512. Ils sont rémunérés par les Sforza pour assurer leur protection.

François Ier, qui accède au trône en 1515, veut récupérer Milan. Il tente d’acheter la paix des Confédérés, mais seuls trois cantons acceptent (Berne, Soleure et Fribourg). La lutte sanglante qui s’engage entre la France et les Vénitiens d’un côté, les mercenaires helvétiques payés par le duché de Milan de l’autre est représentée par des dessins à la plume et au pinceau de l’époque, animés et sonorisés avec des bruits d’un champ de bataille. Une façon élégante d’illustrer une bataille qui a fait plus de 10 000 morts en 20 heures.

L’exposition poursuit sur la victoire des troupes de François Ier et la Paix perpétuelle, un grand parchemin, orné de 19 sceaux, signé à Fribourg en 1516. «C’est une paix profitable pour les Suisses, commente la curatrice, Denise Tonella. Ils reçoivent les territoires qui correspondent au Tessin actuel ainsi qu’une forte somme de François Ier. Ce dernier veut s’assurer leur futur service. Un contrat de mercenariat sera signé en 1521, qui prévoit un contingent fixe de 16 000 Helvètes. Et ce jusqu’à la Révolution française», précise-t-elle.

Voilà que le Musée national s’aventure sur le terrain politique et la délicate question de la neutralité. A-t-elle émergé avec la bataille de Marignan? L’institution se garde de donner une réponse nette, mais lui consacre la dernière partie de son exposition. On découvre l’engagement des mercenaires au cours des siècles qui suivent la Paix perpétuelle, tant du côté de la France catholique que des Pays-Bas réformés, dans une sorte d’équilibre «neutre», de soutien égal des deux côtés.

La neutralité suisse, consacrée par le Congrès de Vienne en 1815, est remise en question par le chancelier Otto von Bismarck en 1889, lors d’une crise diplomatique avec la Suisse. La Neue Zürcher Zeitung, sous la plume de Paul Schweizer, archiviste cantonal de Zurich, défend alors la neutralité en lui donnant pour origine – c’est une première – la bataille de Marignan. Les copies de la NZZ sont exposées dans la dernière salle du musée. Tout comme la fresque de Ferdinand Hodler peinte à la même période. «Sa Retraite de Marignan offre alors le même message, commente la curatrice: une Suisse qui a avantage à se retirer de la scène européenne.»

Le lien entre Marignan et la neutralité est fait pour la première fois en 1889 dans la «NZZ»