La succession de Micheline Calmy-Rey ne se réduira pas à un match Alain Berset contre Pierre-Yves Maillard. Aucun des deux ne s’est encore déclaré, mais il faudra sans doute compter aussi avec la Tessinoise Marina Carobbio Guscetti. Médecin, mariée, conseillère nationale depuis quatre ans, vice-présidente du PS suisse, cette mère de deux enfants de 15 et 8 ans fait partie d’une stratégie visant à rendre les italophones plus présents sur la scène nationale. «J’espère qu’elle sera candidate», fait savoir son collègue libéral-radical Ignazio Cassis.

«Cela fait une dizaine d’années que la députation tessinoise milite pour que les italophones soient mieux représentés et plus forts à Berne», raconte-t-il. Tout a commencé après la démission de Flavio Cotti du Conseil fédéral en 1999. Les Tessinois se sont rendu compte qu’ils risquaient d’attendre longtemps avant de réintégrer le gouvernement fédéral.

Après l’échec de Patrizia Pesenti (PS) contre Micheline Calmy-Rey en 2002, leur chance la plus sérieuse eut pour nom Fulvio Pelli. C’était en 2009. Le Tessin attendait que le président du PLR se lance dans la course pour succéder à Pascal Couchepin. Fulvio Pelli, qui ne souhaitait pas se présenter, hésita avant de renoncer. Afin de rappeler que les Tessinois ne devaient pas être oubliés, des suffrages ont alors été accordés à Dick Marty. En 2010, Ignazio Cassis s’est «sacrifié» pour défendre les intérêts tessinois lors de la succession de Hans-Rudolf Merz. Sans succès.

Candidatures improvisées

Mais ces candidatures improvisées et ratées ont laissé un héritage: il s’agit du projet «Svizzera Italiana», dont Ignazio Cassis est le principal promoteur. Ce projet ne se limite pas à la promotion du Tessin à Berne mais de toutes les communautés italophones de Suisse, qu’elles soient tessinoises, grisonnes ou issues de l’immigration.

Cette mobilisation a débouché sur la création d’un poste de délégué du canton à Berne, occupé depuis le début de l’année par Jörg De Bernardi, un ancien du Secrétariat d’Etat à l’économie. Un deuxième succès a pris la forme, la semaine dernière, d’une visite du Conseil d’Etat in corpore à Berne, où il a notamment rencontré Micheline Calmy-Rey et Doris Leuthard. Au menu des entretiens: les problèmes fiscaux avec l’Italie et la fermeture, très problématique pour le Tessin, du tunnel routier du Gothard pour rénovation. «C’est un combat de longue haleine. Il a fallu du temps pour que le gouvernement tessinois accepte de venir in corpore à Berne», commente Ignazio Cassis.

Une femme contre les favoris

La candidature de Marina Carobbio, qui n’était pas prise très au sérieux ce printemps, devrait être la prochaine étape de la conquête de Berne par les Tessinois. Mais rien n’est décidé. «Je ne me déterminerai qu’à mi-octobre. Je suis consciente des attentes de la population, mais je dois prendre en compte des considérations personnelles, familiales et politiques», déclare-t-elle.

«Ce qui est important, c’est que le Tessin prépare bien sa candidature. Il faut éviter de lancer des noms en dernière minute comme ce fut le cas en 2009 et en 2010», commente un observateur tessinois, qui souligne cependant que «Marina Carobbio Guscetti, qui a grandi à l’école de son père (ndlr: l’ancien conseiller national Werner Carobbio) est une femme solide sur les dossiers de la santé et des assurances sociales.»

Pour qu’elle ait des chances réelles, admettent plusieurs observateurs, il faudra qu’elle figure sur le ticket présenté par le groupe socialiste. A moins d’une triple candidature, ce qui paraît peu probable, il faudra donc qu’elle brûle la politesse à l’un des favoris, Pierre-Yves Maillard, que beaucoup jugent «trop à gauche» sous la Coupole, ou Alain Berset.

Pour cela, elle bénéficiera du soutien des Femmes socialistes. «Si elle est candidate, elle aura notre appui», pronostique leur coprésidente, Maria Roth-Bernasconi. «Nous sommes pour la parité, mais nous trouverions très bien d’avoir deux femmes socialistes au Conseil fédéral, car le parti a longtemps été représenté par deux hommes», note-t-elle en vantant les qualités de la Tessinoise.

Mais ce n’est qu’une perspective parmi d’autres. Aucun des papables ne s’est encore prononcé. Le Valaisan Stéphane Rossini fera part de sa décision le 3 octobre, Alain Berset le lendemain, Marina Carobbio Guscetti quelques jours plus tard et Pierre-Yves Maillard après le 23 octobre. Sans oublier que d’autres noms circulent, comme ceux de Liliane Maury Pasquier et de Jean Studer, qui avaient tous deux échoué en 2002 contre Micheline Calmy-Rey.