La quarantaine, elle sait ce que c’est, Marina Carobbio Guscetti. A la mi-mars, alors que la session parlementaire vient d’être abrégée à Berne, elle apprend que son mari est atteint du coronavirus. Tandis qu’il s’isole dans leur maison de Lumino, la conseillère aux Etats doit aussi y rester cloîtrée durant dix jours. «J’ai tout de même pu travailler, grâce notamment aux visioconférences.» Mais elle n’a plus pu rendre visite à ses parents, âgés aujourd’hui de plus de 80 ans.

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Après une année de présidence du Conseil national marquée par son inlassable combat en faveur de l’égalité des genres et la défense de la minorité italophone en Suisse, Marina Carobbio Guscetti aurait dû logiquement rentrer dans le rang. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Ce statut de première dame du pays s’avère un formidable tremplin pour accéder au Conseil des Etats. Le 17 novembre dernier, elle crée une énorme surprise en battant sur le fil Filippo Lombardi, qui était pourtant le chef de groupe du PDC. Et elle devient la première socialiste tessinoise à siéger au sénat.

Tel père, telle fille

Il faut dire que cette médecin généraliste de 54 ans a de qui tenir: son père n’est autre que Werner Carobbio, un vieux lion du Parti socialiste autonome intégré ensuite au PS qui a rugi durant pas moins d’un quart de siècle – de 1975 à 1999 – sous la même coupole fédérale. «Il m’a appris à bien étudier les dossiers et à approfondir les sujets», note-t-elle. Moins remuante que lui, la fille cultive compétence et humilité, deux qualités pas toujours reconnues à leur juste valeur au sein du parti. En 2011, sa candidature au Conseil fédéral est complètement éclipsée par le duel des mâles alpha Alain Berset et Pierre-Yves Maillard.

A cette époque déjà, elle est bien seule à thématiser le risque de dumping salarial engendré par l’accord sur la libre circulation des personnes, raison pour laquelle elle insiste pour renforcer les mesures d’accompagnement. «Le Tessin est un laboratoire de ce qui peut survenir en Suisse.» Quand le peuple suisse approuve l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» en février 2014, Marina Carobbio Guscetti s’avoue très déçue, mais pas surprise.

Lorsque éclate la crise du coronavirus, la députation tessinoise aux Chambres demande un entretien au Conseil fédéral, auquel assistent Simonetta Sommaruga, Alain Berset et Ueli Maurer. Presque tous les jours, la sénatrice s’entretient avec le président du gouvernement cantonal Christian Vitta, dont les nouvelles sont inquiétantes. Mais si la situation sanitaire se dégrade rapidement au Tessin, la Suisse alémanique vit une autre réalité, beaucoup moins dramatique. «Nous avons dû faire un important travail de persuasion à Berne», raconte-t-elle.

Le Tessin écouté

La députation attend deux choses du reste de la Suisse: d’une part, qu’elle reconnaisse une «fenêtre de crise» pour le Tessin, qui introduit un régime d’«état d’exception» comprenant des mesures de confinement plus strictes que celles du Conseil fédéral. Et d’autre part, qu’elle se déclare prête à accueillir des patients Covid-19 tessinois si le besoin s’en fait sentir. «Nous avons été écoutés à Berne», constate-t-elle aujourd’hui. «Le Conseil fédéral a certes introduit un droit d’urgence uniforme pour tout le pays, mais il l’a fait dans un esprit fédéraliste en respectant notre fenêtre de crise.»

En fin de compte, le système hospitalier cantonal tient le choc, ce qui n’était pas une évidence compte tenu de la situation géographique très exposée du Tessin, voisin immédiat de la Lombardie qui est devenue un des épicentres européens de la pandémie. Réquisitionnés pour accueillir tous les victimes du coronavirus, l’hôpital public de Locarno et la clinique privée Moncucco de Lugano sont certes proches de la saturation, mais jamais ils n’ont dû procéder à un tri des patients comme en Italie. «En quelques jours, notre système de santé a réussi à s’adapter à cette situation de crise.»

Alors que le pic de l’épidémie est passé, la sénatrice tient aujourd’hui à tirer les conséquences de la pandémie. «Nous ne pouvons pas revenir à la situation d’avant la crise», estime-t-elle. Lors de la dernière session parlementaire, elle a lancé un appel à la solidarité pour protéger les plus faibles. «Choquée» par les files d’attente de gens en quête d’un sac de nourriture à Genève, elle demande au Conseil fédéral d’élaborer un plan pour lutter contre la pauvreté. Parmi les mesures d’urgence figurent un chèque de 1000 francs destiné aux personnes ayant droit aux prestations complémentaires, ainsi que le versement d’une indemnité correspondant à 100% – et non à 80% – pour les personnes au chômage partiel dont le salaire est inférieur à 4000 francs.

Dans une autre motion, elle propose de développer la formation de médecins en collaboration avec les cantons et les universités. Elle s’engage enfin dans le comité d’initiative sur les soins infirmiers. «Autant de professions qui se sont révélées être d’importance systémique. A l’avenir, nous devons absolument réduire notre dépendance de l’étranger concernant ces métiers.»


Profil

1966 Naissance à Bellinzone.

1991 Diplôme de médecine à l’Université de Bâle.

2007 Election au Conseil national.

2011 Candidature au Conseil fédéral.

2019 Election au Conseil des Etats.