Migrations

Mario Gattiker: «Nous nous attendons à la venue de près de 29 000 requérants en 2015»

Le secrétaire d’Etat aux migrations s’adresse aux cantons en leur demandant de se préparer à accueillir davantage de requérants d’asile

«Nous nous attendons à la venue de près de 29 000 requérants en 2015»

Questions à

C’est le genre de missive qu’ils n’aiment pas recevoir. Dans une lettre qu’il vient d’adresser aux cantons, Mario Gattiker, le secrétaire d’Etat aux migrations, leur fait comprendre qu’ils doivent prendre leurs dispositions pour accueillir davantage de requérants d’asile. Alors que les cantons sont déjà pris à la gorge et doivent rivaliser d’ingéniosité pour ouvrir des abris d’urgence. Il explique la démarche, qui risque de provoquer des remous.

Le Temps: E ntre début avril et fin mai, le nombre de nouveaux requérants qui arrivent en Suisse, dans les centres fédéraux d’enregistrement et de procédure, a triplé, en passant de 224 à 708 par semaine. Il s’agit surtout d’Erythréens. Vous êtes en train de tirer la sonnette d’alarme en demandant aux cantons de se préparer. Qu’attendez-vous concrètement d’eux?

Mario Gattiker: L’objectif n’est pas de tirer la sonnette d’alarme, mais d’informer les cantons sur la situation actuelle. Nous avons d’ailleurs un échange régulier. Le fait est que depuis quelques semaines, nous faisons face à une augmentation importante des demandes d’asile. Nous avons connu une hausse similaire l’année dernière. Les pronostics annoncés en début d’année de plus ou moins 29 000 pour 2015 sont toujours d’actualité. Nous réévaluerons la situation au courant de cet été. Les cantons n’auront pas de compensations particulières: l’hébergement des requérants est une responsabilité commune de la Confédération et des cantons. La Confédération a déjà ouvert plusieurs hébergements temporaires.

Parmi ces requérants, beaucoup sont des mineurs non accompagnés (MNA). Existe-t-il une filière particulière qui explique cette nouvelle hausse?

– Si l’on considère les arrivées des dernières semaines, de nombreux MNA arrivent effectivement en Suisse et espèrent y trouver protection [136 depuis le début de l’année]. Il s’agit en grande partie d’Erythréens, qui peuvent être enrôlés dès 15 ans par le régime, pour effectuer le service national.

Avec cette hausse, la situation est difficile, les places d’hébergement manquent, or les MNA devraient pouvoir bénéficier d’un traitement particulier. A Lausanne, il existe un foyer spécialisé, mais peu de cantons disposent de telles structures. Est-ce tolérable que des mineurs soient installés dans des centres avec des adultes, avec les risques d’abus qui peuvent se produire?

– L’hébergement et l’encadrement des mineurs sont certes un défi particulier. Il est de la responsabilité des cantons d’assurer un hébergement adapté. En faisant état de la situation actuelle, nous partons du principe que les cantons prendront les mesures idoines. Et nous constatons que beaucoup de cantons ont une grande expérience et souvent aussi des projets spécialisés en faveur des MNA.

Comment la Confédération s’occupe-t-elle d’eux à leur arrivée?

– Les procédures d’asile de mineurs sont traitées en priorité. L’objectif est qu’ils ne restent dans les structures fédérales que peu de temps. Une personne de confiance est mise à disposition du mineur dès son attribution dans un canton, pour le soutenir dans ses démarches.

Craignez-vous que le nombre de requérants n’explose en 2015? Parleriez-vous de «situation de crise»?

– Non, on ne peut pas parler de situation de crise ou de chaos, comme l’avancent certains partis. Les fluctuations des demandes sont le propre de la migration. Le système doit permettre d’y faire face. Nous avons connu une hausse similaire l’an dernier. Par ailleurs, la grande partie des migrants qui arrivent actuellement en Suisse sont des personnes qui ont besoin de protection. Nous avons pris des mesures efficaces contre les demandes manifestement infondées. Cela a eu un effet positif, le taux de protection a augmenté: le système de l’asile en prend tout son sens.

Avec la nouvelle réforme, le nombre de places d’hébergement qui relèvent de la compétence fédérale passera d’environ 1600 à 5000, dont 1280 en Suisse romande. Vous cherchez encore des emplacements…

– Effectivement, les discussions sont en cours, seuls les emplacements des sites pour la région «Suisse orientale», Zurich et Chevrilles (FR) ont été définis.

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