ASILE

Mario Gattiker: «Un seul critère est rempli à Dailly pour l'accueil de migrants» 

L’idée d’installer un centre fédéral pour requérants dans le fortin de Dailly (VD) est écartée par le comité de pilotage de l’asile. Le secrétaire d’Etat aux migrations Mario Gattiker s’en explique

Les vœux valaisan et vaudois ne seront pas exaucés en matière d’asile. Mardi, le comité de pilotage, qui réunit le Département fédéral de justice et police (DFJP) et les représentants de deux conférences intercantonales, a écarté l’idée d’implanter un centre fédéral d’asile de 250 places sur le site militaire de Dailly (VD), au-dessus de Lavey. Cet emplacement avait été identifié par les autorités vaudoises dans la perspective de soulager Vallorbe. Il était considéré comme la «meilleure solution» par le Conseil d’Etat valaisan.

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Le redécoupage de la carte de l’accueil des migrants en Suisse romande reste ainsi inachevé, la pression augmentant encore sur Vaud et le Valais. Neuchâtel, Genève et Fribourg ont en effet fait leur travail avec les sites de Perreux et des Verrières (NE), du Grand-Saconnex (GE) et de Chevrilles (FR), tandis que le Jura, jugé trop petit, n’accueillera pas de centre fédéral. Une phase pilote de l’accélération des procédures devrait même débuter dans le courant de l’an prochain entre Perreux et Chevrilles, si les arrivées en matière d’asile restent modérées. Le secrétaire d’Etat aux migrations, Mario Gattiker, s’explique.

Le Temps: Pourquoi rejeter Dailly alors que les cantons de Vaud et du Valais y semblaient acquis?

Mario Gattiker: En 2014, nous nous sommes mis d’accord à l’unanimité des cantons et de la Confédération sur les critères auxquels les centres fédéraux doivent répondre afin que les nouvelles procédures d’asile soient efficaces et économes: accessibilité pendant toute l’année, équilibre entre régions, économicité, etc. Pour Dailly, nous devons constater que seul le critère de la taille est rempli. Il y a un grand problème d’accessibilité à cette forteresse bâtie sur la montagne. L’exploitation du lieu coûterait très cher. Il faudrait déneiger pendant des mois. Au niveau de la sécurité et en cas d’urgence médicale enfin, l’emplacement pose aussi un problème. Nous accueillons des réfugiés, pas des personnes à emprisonner. Les critères établis en 2014 ne sont pas remplis à Dailly. Ce n’est pas une décision contre les cantons. Nous voulons aller vers un système d’asile efficace et économe, ce que la population et les cantons ont largement approuvé en votation en juin 2016. Mais au final, c’est le Conseil fédéral qui décidera.

- Il reste trois emplacements en consultation pour accueillir le dernier centre fédéral d’asile en Suisse romande: Tourtemagne, Martigny et Vallorbe. Ce sera l’un des trois?

- Aucune décision n’est encore prise. Les cantons ont la possibilité de soumettre d’ici à la fin de 2017 une autre proposition que Dailly. Cela peut être l’un des trois emplacements que vous citez, comme un autre lieu. Les cantons sont libres de faire des propositions qui répondent aux critères fixés en 2014.

- Mais à la fin, le plan sectoriel asile décidé par le Conseil fédéral sera contraignant. Vous êtes donc prêts à forcer la main aux cantons?

- A la fin, nous avons bien sûr besoin de solutions. Tout le monde attend que l’on aille de l’avant avec l’accélération des procédures d’asile. Mais nous avons la volonté de trouver des solutions en accord avec les cantons. C’est pourquoi nous donnons encore jusqu’à fin 2017 au Valais et à Vaud pour nous soumettre de nouveaux emplacements. Nous restons dans un esprit de coopération. La solution intermédiaire est Vallorbe, avec son centre d’asile déjà existant. Mais là aussi, aucune décision n’a été prise quant à l’avenir du site.

- Vallorbe essuie les plâtres dans ce dossier…

- Non, cela reste une option. La Confédération a une certaine responsabilité. On ne peut pas fermer des sites sans alternative. C’est pour cela aussi que le Plan sectoriel asile est plus large que les besoins réels. Si les cantons nous proposent un autre lieu, qui répond aussi aux critères d’accessibilité et d’économicité, nous aurons une alternative sérieuse à Vallorbe à étudier. Le nouveau système d’asile doit être durable. Nous ne voulons pas faire du bricolage.

- Pourquoi le SEM refuse-t-il de publier l’expertise sur Dailly?

- C’était délicat tant que des discussions étaient en cours autour de ce site. Mais il n’y a pas de secret d’Etat. Maintenant, cette expertise pourra sans doute être publiée.

- La place d’armes de Moudon pourrait servir de site de remplacement de Perreux. Pourquoi?

- A Perreux, le contrat de bail est limité à 2028. La Confédération est obligée de prévoir une alternative pour le cas où le contrat ne serait pas prolongé. Moudon a été valorisé par le comité de pilotage comme site potentiel en cas de nécessité. Mais une nouvelle fois, le Conseil fédéral aura le dernier mot.

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