Mario Timbal, 43 ans, est devenu le plus jeune directeur en place depuis la création de la Radiotelevisione della svizzera italiana en 1931. Nommé en décembre 2020, il succède à Maurizio Canetta, 64 ans, qui a pris sa retraite après plus de 40 ans de service, dont sept comme directeur. Un héritage qui n’a donc rien d’aisé, d’autant que Mario Timbal a été préféré à la favorite, Milena Foletti, directrice adjointe et responsable des programmes, entrée à la RSI en 1988 et qui vient de claquer la porte de l’entreprise.

Le nouveau patron est quelqu’un de bien connu au Tessin. Il y a fait toutes ses classes, à Lugano d’abord puis au collège Papio d’Ascona, où il a obtenu sa maturité. Après sa licence ès lettres à Lausanne, il est revenu dans son canton pour un stage de journalisme au Corriere del Ticino. Son nom est aussi étroitement lié au Festival du film de Locarno, où il a collaboré dès 2009 et qu’il a codirigé en tant que directeur des opérations de 2013 à 2017.

Une mère célèbre

Mais le canton est petit, et les Tessinois connaissent aussi Mario Timbal pour être le fils de la célèbre procureure internationale Carla Del Ponte, aujourd’hui à la retraite. Un lien de parenté qui lui a valu quelques allusions de favoritisme lors de sa nomination.

«Un journal alémanique l’a clairement écrit, en citant des personnes qui me connaissent mais sans me contacter personnellement», déplore-t-il, tout en ajoutant: «Je ne pense pas que je doive ma nomination à la réputation de ma mère mais plutôt à ma formation, tout à la fois culturelle et de manager. Cela dit, je suis fier d’être le fils de Carla Del Ponte, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu intellectuellement stimulant et enrichissant, même si le fait d’avoir une mère célèbre qui vivait sous escorte signifiait aussi être confronté à une vie familiale hors du commun…»

Mario Timbal nous reçoit au sixième étage du siège de la RSI, à Comano, au-dessus de Lugano, dans une salle de réunion, son bureau étant encore encombré des cartons de son récent déménagement. C’est que le jeune directeur vient d’arriver – avec sa famille, son épouse, Ivana, et leurs deux enfants, Milo, 8 ans, et Amelia, 7 ans – d’Arles, où le Tessinois a dirigé les opérations durant trois ans de l’antenne française de la Fondation culturelle Luma, créée en 2004 en Suisse par Maja Hoffmann.

Souriant, un physique tonique grâce à une pratique régulière de son sport préféré, le vélo, Mario Timbal nous raconte comment il entend sortir la RSI de la crise économique, structurelle et sociale qui la secoue: «Tout d’abord, je vais tabler sur la créativité, qui est une des meilleures flèches à notre arc et une base fondamentale, non seulement pour notre région mais pour tout le pays. Il s’agira donc de créer les conditions idéales pour permettre à chacun de s’exprimer au mieux et il faudra s’armer de courage pour sortir de ce moment difficile. Nous devrons aussi aller vers une transformation numérique, savoir nous diversifier tout en défendant la qualité de notre offre et en préservant notre capital humain.»

Un dossier brûlant

Le directeur est conscient des coupes apportées au budget de la RSI – 8 millions de francs doivent être économisés d’ici à 2024, ce qui signifie la perte de 45 emplois, dont 34 doivent encore être supprimés – mais il fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter les licenciements, même s’il ne peut pas les exclure totalement: «Outre les départs spontanés, nous proposerons des préretraites et analyserons les compétences et les gens au cas par cas.»

Comme cela a été le cas à la RTS, la RSI a été confrontée ces derniers mois à des accusations de mobbing, d’abus d’autorité et de harcèlement. Un dossier brûlant s’il en est, que Mario Timbal entend bien affronter: «Nous nous devons d’être transparents et de ne rien cacher, la réputation de notre entreprise a été entachée – une quarantaine de rapports ont été déposés – et deux instances externes sont chargées des enquêtes. Dès que les résultats en seront connus, probablement d’ici au début de l’été, on évaluera les éventuelles mesures à adopter et l’on poursuivra l’analyse des outils de prévention et de redéfinition de la culture d’entreprise, voulu par toute la SSR. La situation à laquelle nous sommes confrontés est le signe d’un malaise et nous devrons en tirer les leçons, savoir tourner la page afin que de telles dérives, inacceptables, ne se produisent plus.»

La sauvegarde de l’offre culturelle de la RSI figure aussi parmi les ambitieux projets de Mario Timbal, qui a garanti la continuité de la deuxième chaîne de radio, dont l’offre semblait compromise: «Je crois fermement, a-t-il dit, que Rete 2, avec son flux culturel, représente un service unique pour la Suisse italienne et doit être maintenue.»


Profil

1977 Naissance à Locarno.

2000 Licence ès lettres de l’Université de Lausanne.

2012 Mariage avec Ivana.

2013 Codirecteur du Festival du film de Locarno.

2017 Directeur de la Fondation Luma, à Arles.

2021 Directeur de la Radiotelevisione della Svizzera italiana (RSI).


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