Le directeur du Laboratoire suisse d’analyse du dopage a-t-il «donné les clés» à Lance Armstrong et son directeur sportif Johan Bruyneel pour contourner le test de dépistage de l’EPO? «La réponse est claire, c’est non!» a certifié l’intéressé, Martial Saugy, vendredi à Lausanne. «Il serait paradoxal que le laboratoire qui a sorti le premier cas d’EPO rencontre un des plus grands athlètes pour lui expliquer comment échapper aux contrôles…»

La mise au point du scientifique était très attendue, après les accusations portées mercredi contre lui par le président de l’Agence américaine antidopage, Travis Tygart, sur la chaîne américaine Showtime. L’Américain avait alors rapporté une conversation qu’il dit avoir eue avec Martial Saugy lors d’un dîner en 2010: «[Martial Saugy] nous a dit qu’il avait reçu l’ordre de l’Union cycliste internationale de rencontrer Armstrong et Johan Bruyneel pour leur expliquer la méthode de détection de l’EPO. Je lui ai demandé: «Avez-vous donné à Lance Armstrong et Johan Bruyneel les clés pour battre les tests de l’EPO?» Et il a hoché la tête pour dire oui.»

La conversation a bien eu lieu, mais Martial Saugy conteste les propos de l’Américain. «Travis Tygart est un acteur important de la lutte antidopage, c’est quelqu’un que j’apprécie. Il a l’air de se souvenir d’un hochement de tête, je suis très surpris. J’ai envie de lui demander pourquoi il a dit ça, je le ferai en temps voulu. Mais je n’ai jamais confirmé ce type d’information.» Et d’ajouter: «Il a quelques déficiences dans ses souvenirs.»

En revanche, Martial Saugy confirme avoir rencontré Lance Armstrong et Johan Bruyneel en 2002, avant le départ du Tour de France, pour leur présenter la méthode de dépistage de l’EPO, sur demande de l’UCI et en présence d’un médecin de l’organisation. «La méthode était très contestée à l’époque, dans le milieu sportif, dans le milieu médico-sportif et par les laboratoires. L’UCI m’a mandaté pour aller donner une explication au No 1 du peloton, pour couper court aux critiques.»

Le Vaudois indique même que cette «explication scientifique, telle qu’on le fait dans les congrès», est la même présentation qu’il avait faite à deux reprises devant le Tribunal arbitral du sport, et qu’il l’a réutilisée lors d’un congrès en Italie. «Mais je ne suis pas allé dans les détails, j’ai expliqué le principe du test, ce qui lui permettait de voir dans quel champ cela se situait et de constater qu’il y avait un vrai travail scientifique.»

Quant à savoir s’il est normal de renseigner les sportifs sur les méthodes employées par les instances antidopage, Martial Saugy se défend: «Ils ont toujours demandé à savoir avec quels moyens ils seraient chassés. Il y a une nécessité de transparence, ce sont les règles.» Le scientifique reconnaît tout de même que ce «souci de transparence permet à la partie adverse de progresser. C’est tout le débat. Mais la transparence et la cohérence priment.»

Si les règles facilitent la vie des tricheurs, ne faut-il pas les changer? «Le Code mondial antidopage est en pleine révision. Les juristes qui s’en chargent devront se poser cette question», répond le Vaudois.

Pour l’heure, et comme pour dissiper tout malentendu, Martial Saugy fournira la fameuse pré­sentation à sa hiérarchie, «pour qu’elle puisse juger sur pièce». Dans cette affaire, «j’ai tout fait de bonne foi, conclut-il. Il n’y a eu ni erreur, ni naïveté. Je suis ferme là-dessus.»

«Travis Tygart a quelques déficiences dans ses souvenirs»