Le boycott n’est pas à l’ordre du jour. Loin de là. Les indignations liées aux décès d’ouvriers étrangers sur les chantiers des stades, au Qatar, ou les accusations de corruption semblent bien loin. Le football a pris le dessus, ce mardi soir, à Martigny. La fan-zone de la cité octodurienne a fait le plein pour le huitième de finale de cette Coupe du monde 2022, opposant le Portugal à la Suisse.

«Nous avons encore franchi un cap ce soir», se réjouit Benoît Bender. Le président de Martigny-Sports - le club de football de la ville est l’organisateur de la fan-zone - estime entre 1500 et 1700 le nombre de personnes ayant décidé de venir suivre le match en compagnie d’autres supporters. «Nous voulions réunir les gens, offrir à la population l’émotion d’une Coupe du monde. Ce côté social est important», estime le Valaisan. Et la population joue le jeu.

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Que serait le foot en Valais sans CC?

Il est 19h20 à notre arrivée au Centre d’Expositions et de Réunions de Martigny (CERM). La partie débutera dans 40 minutes, mais la quasi-totalité des places assises, qui font face à l’écran géant sont déjà occupées. Pour ne pas manquer ce match important pour la Nati, la plupart des personnes présentes ont décidé de venir prendre leur repas dans l’une des halles qui accueillera au mois de mars prochain le gala du FC Sion et sa fameuse choucroute. Sur l’écran géant, Christian Constantin déguisé en Napoléon surgit dans une pub vantant l’événement à venir. Mais ce soir le public n’est pas là pour le club aux treize coupes de Suisse.

Au plafond, les drapeaux des 32 équipes qui ont pris part à ce Mondial sont accrochés. Le drapeau rouge à croix blanche, plus rectangulaire que carré, est situé juste à côté de celui du Portugal. Comme si l’affrontement du soir était prévu de longue date par les organisateurs de la fan-zone. Dans le public, nombreux sont les bonnets, écharpes, casquettes, drapeaux et autres maillots de la Nati, floqués des Akanji, Seferovic, Xhaka… La salle semble unanimement (ou presque) acquise à l’équipe de Suisse.

Mais la confiance n’est pas forcément à l’ordre du jour. Tout le monde n’imagine pas les hommes de Murat Yakin franchir l’obstacle portugais. Qu’importe, les soutiens, et pas que, se font entendre. A l’image, le remplaçant Cristiano Ronaldo se fait huer. Idem pour le président de la FIFA Gianni Infantino. L’hymne suisse, lui, est applaudi. Fortement. Les «Hop Suisse» retentissent.

Des Portugais discrets, mais présents

Si les couleurs portugaises se font discrètes, les supporters lusitaniens ne sont pas absents. Ils exultent à la dix-septième minute. Puis remettent ça seize minutes plus tard. Le pronostic de Benoît Bender, qui avait misé sur un 2 à 1 pour la Suisse, vient de voler en éclats. A la mi-temps, la Suisse a un pied dans l’avion du retour. Et cela ne fait pas les affaires de la fan-zone du Coude du Rhône. «Les gens ont joué le jeu grâce à l’équipe de Suisse, indique Benoît Bender. Les autres matchs attirent moins de monde.» Le président du Martigny-Sports met la faute sur la période à laquelle a lieu cette Coupe du monde. L’automne, et avec lui le froid et la nuit qui tombe tôt, incite les gens à rester chez eux, au chaud. Car la fan-zone de Martigny n’est pas chauffée. Et les deux buts portugais ont encore refroidi la salle.

Mais rares sont les personnes à quitter les lieux. Les supporters resteront jusqu’au bout. A Martigny, ce mardi soir, il est difficile d’imaginer un autre lieu pour regarder ce match. Si l’ambiance n’est pas aussi chaude que lors du 28 juin 2021 et la victoire de la Suisse sur la France à l’Euro 2020+1, le football se vit ensemble. D’autres villes de Suisse romande ont décidé de ne pas offrir cette possibilité à leurs habitants. A Martigny, ça n’a jamais été une option. «Tant que la ville nous assurait de son soutien, nous n’avons pas songé à tirer un trait sur cette fan-zone», assure Benoît Bender. Et la ville n’a pas lâché. Au contraire. «La Municipalité met à disposition le local et finance l’écran et la sono. C’est une grosse par du budget. Sans ce soutien, il serait impossible pour un club amateur comme le nôtre d’organiser un tel événement», souligne Benoît Bender.

Le président du club local retourne prendre sa place dans la cantine à bière. L’homme, maillot de l’équipe de Suisse sur le dos et écharpe autour du cou, met la main à la pâte. Les commandes de bières s’enchaînent. Les mines des personnes qui les commandent sont quelque peu déconfites. Il faudra bien quelques bières aux supporters suisses pour rendre la gueule de bois de la première mi-temps un peu moins douloureuse…