La paternité est sa seconde nature. A moins de 35 ans, le Grison Martin Candinas est déjà sous la coupole fédérale l’incarnation du pater familias démocrate-chrétien: auteur de trois jeunes enfants, il l’est aussi du projet de congé paternité – deux semaines financées par le régime des allocations pour perte de gains. L’initiative vient de passer le cap de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) au Conseil national. Mais elle doit encore convaincre les papis du Conseil des Etats. Et ce n’est pas gagné.

Car, jusqu’ici aucun vrai grand projet pour la famille n’a passé le cap du parlement ou de la votation populaire. Qu’importe, il y a, dans l’enthousiasme avec lequel le conseiller national défend la politique familiale de son parti, une fraîcheur et une force de conviction qui l’ont d’emblée distingué de ses coreligionnaires. Muni de sa seule maturité économique, il a gravi par la formation interne et sa force de volonté tous les échelons au sein de l’assurance Helsana, dont il est directeur des ventes à l’agence générale de Coire.

«Il est jeune, actif, convaincant. Et comme membre de la présidence du PDC suisse et du groupe de travail sur la politique familiale, il a acquis une certaine influence au sein du parti. C’est un conservateur, mais ouvert à certaines innovations en matière de société», dit de lui sa collègue de parti Kathy Riklin.

C’est peut-être cette qualité d’engagement qui lui a permis de convaincre ses collègues de la Commission de sécurité sociale d’accepter son initiative parlementaire. C’est son «bébé politique», le succès dont il est le plus fier, lui qui n’en est qu’à sa première législature.

Car même si le jeune père de famille se passionne pour la politique familiale, il n’est pas membre de la CSSS. Diplômé en assurances sociales, il était tout désigné pour y siéger. «Mais j’ai refusé pour des raisons éthiques», dit-il dans un excellent français appris sur les bancs d’école. «J’aurais été mal à l’aise, se justifie-t-il. Suivant mes votes, j’aurais été considéré soit comme un lobbyiste de ma branche, soit comme déloyal envers mon employeur.» Cela ne l’empêche pas de trouver intéressant le projet de réforme des assurances sociales d’Alain Berset. Selon lui, «ficeler un paquet avec l’AVS et les caisses de pension, envisager des éléments de ressources par la TVA mais aussi l’égalisation de l’âge de la retraite pour femmes et hommes, il y a là de quoi trouver des compromis susceptibles de déboucher sur une majorité».

Martin Candinas siège donc à la Commission des transports et des télécommunications. Un secteur qu’il juge essentiel pour un canton de montagne comme les Grisons. Il y a bien sûr les investissements routiers à défendre, mais surtout l’accès à un Internet à haut débit, pour lequel il a déjà rédigé plusieurs interventions parlementaires. «Sans des télécoms performantes, notre industrie touristique grisonne n’a aucune chance», dit-il. Ces prochaines semaines, on verra surtout Martin Candinas dans la campagne pour la nouvelle loi radio-TV et la généralisation de la redevance. Un dossier dont il était le rapporteur de la commission.

Son collègue de commission le socialiste Roger Nordmann voit en lui «une vraie belle découverte. Un homme sympathique, fiable, sérieux, très engagé pour le service public, dont il juge bien l’importance pour son canton de montagne.» Décidément, on a du mal à trouver des défauts à cet enfant de Surselva, la vallée des Grisons la plus proche du Tessin.

Ce n’est pas un orateur flamboyant, charismatique, même s’il sait se montrer convaincant et incollable sur ses dossiers. «Peut-être parce que sa langue maternelle n’est pas l’allemand, mais le romanche, parlé dans toute la Surselva», risque un journaliste alémanique. De fait, ce n’est qu’en quatrième année de scolarité que le jeune Martin a abordé l’allemand à l’école, nous confirme-t-il.

Sur l’échelle gauche-droite des 200 conseillers nationaux réalisée chaque année par le politologue Michael Hermann (LT du 25.11.2014) à partir de leurs votes au parlement, le démocrate-chrétien grison est placé exactement au centre. Au point 0,1 sur une échelle de –10 à +10. C’est un centriste, mais avec de vraies convictions, pas par opportunisme, disent de lui des collègues.

Centriste et européen, du moins défenseur convaincu des relations bilatérales. C’est ce qui justifie son opposition à toute alliance électorale avec l’UDC, que ce soit aux Grisons ou à l’échelle nationale. «Qu’aurions-nous à y gagner, au PDC? demande-t-il. Je ne peux pas soutenir une politique qui isolerait la Suisse, menacerait notre économie. Nous ne sommes pas une île.» Trouver une solution à nos relations avec l’UE, ce sera, selon Martin Candinas, «le vrai défi, le plus important, de la prochaine législature».

«Je ne peux pas soutenir une politique qui isolerait la Suisse. Nous ne sommes pas une île»