Il est en politique fédérale un moment particulier que seuls une poignée d’élus connaissent: la nomination médiatique dans la catégorie des papables au Conseil fédéral. Le conseiller aux états Martin Schmid (PLR/GR) est en train de vivre ce moment. Avec Karin Keller-Sutter (PLR/SG) et Andrea Caroni (PLR/AR), il est considéré comme l’un des favoris à la succession de Johann Schneider-Ammann qui pourrait bien être le prochain à quitter le gouvernement d’ici à la fin de la législature en 2019.

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Que pense Martin Schmid de cette nouvelle étiquette qui lui colle aux chaussures? Il esquive la question et parle du bon travail et de l’assiduité de Johann Schneider-Ammann. On insiste. «Quand on fait de la politique depuis aussi longtemps que moi, on sait qu’on ne peut jamais rien planifier. Je ne suis pas venu à Berne pour être conseiller fédéral» Donc ce n’est pas non? «Je ne dis pas oui non plus. La question ne se pose pas.» Pour l’instant du moins.

Depuis vingt-trois ans en politique

Peu connu médiatiquement hors de son canton des Grisons, Martin Schmid est né en politique à 25 ans. Il accède alors au Grand Conseil de son canton, plus jeune élu au législatif. Après huit ans de parlement, il entre au Conseil d’Etat grison. Il dirige d’abord le Département de la sécurité et de la santé avant de reprendre les Finances des mains d’une certaine Eveline Widmer-Schlumpf. «Avec le Forum de Davos dont il fallait assurer la sécurité en collaboration avec les autres polices cantonales, j’ai appris à connaître mes collègues de Suisse romande», souligne-t-il.

Quand on est convaincu du bien-fondé d’un dossier, les critiques ne sont pas un problème.

Comme ministre de la santé, il signe un coup d’éclat. «Nous avions trois hôpitaux à Coire. Ce n’était objectivement plus tenable. Il fallait en fermer un. Mais j’ai dit: nous en fermerons deux.» Crise immédiate. Cette annonce débouche toutefois sur une table ronde et la création d’une Fondation autour de l’hôpital cantonal des Grisons, que Martin Schmid préside d’ailleurs aujourd’hui. Il n’y a désormais plus qu’un site hospitalier à Coire. «Quand on est convaincu du bien-fondé d’un dossier, les critiques ne sont pas un problème.» Il en est persuadé: «On peut être dur, mais juste.»

Cette décision couperet ne l’empêche pas d’être réélu. Journaliste à la rédaction grisonne du quotidien Südostschweiz, Stefan Bisculm qualifie l’action de Martin Schimd au Conseil d’Etat de bonne: «Il n’était pas visionnaire, mais très sérieux. Il connaissait très bien ses dossiers».

Et si nous cherchions à négocier avec l’Union européenne une autre solution que la fin des statuts fiscaux spéciaux?

En 2011, à 42 ans, Martin Schmid accède au Conseil des Etats. Avec son collègue grison Stefan Engler (PDC) – d’ailleurs lui aussi ancien conseiller d’Etat et inscrit dans la catégorie des papables au Conseil fédéral – ils ont la réputation de former un duo influent. Martin Schmid a pesé sur la mise en œuvre conciliante de la Lex Weber. Il préside aujourd’hui la prestigieuse commission de l’économie et des redevances.

Il lui reviendra avec ses collègues de la commission sœur du National la mission de traiter en priorité la réforme de l’imposition des entreprises bis, après l’échec de la RIE III dans les urnes. Martin Schmid défend une approche originale. «Les gens ont dit leur crainte de pertes de rentrées fiscales sur le dos de la classe moyenne. Mais avec le nouveau projet tel que le conçoit le Parti socialiste, on ne réglera pas cette question. Il y aurait aussi de lourdes pertes fiscales. Nous devons examiner à nouveau le dossier… Et si nous cherchions à négocier avec l’Union européenne une autre solution que la fin des statuts fiscaux spéciaux?»

Dix-neuf liens d’intérêt

Sous ses allures de premier de classe, le Grison prête toutefois régulièrement le flanc à la critique pour une raison particulière. Il siège dans 12 conseils d’administration (Swissgas, Calanda Beton, Fontavis, etc.) et 7 autres comités (Economiesuisse, EXPERTsuisse, etc). Qualifié parfois d’avocat de l’économie, peut-il encore se targuer de prendre ses décisions en toute indépendance?

«Un politicien n’est jamais indépendant. Nous représentons tous des intérêts, à gauche comme à droite. Les miens se concentrent sur le domaine de l’énergie, de la santé, de la construction. Et cette diversité me plaît», se défend Martin Schimd. «Il a en effet beaucoup de mandats, en particulier dans le domaine de l’énergie. Je ne crois pas que sa motivation est financière. Il veut prendre de l’influence partout où il le peut», estime Stefan Bisculm.

La défense des périphéries

Issu d’une famille modeste, le rusé grison a rejoint les rangs du PLR pour son slogan «moins d’Etat, plus de libertés». Il précise: «Contrairement à l’UDC, l’ouverture est très importante pour moi.» Martin Schmid défend les accords bilatéraux et se veut progressiste sur les questions de société. Au classement des parlementaires, sa politique du moins d’État le positionne tout à droite des élus PLR de la chambre des cantons. Mais il explique aussi ce positionnement par une raison complémentaire: «Lorsque je ne suis pas absolument certain de l’utilité d’une nouvelle loi, je la rejette.»

Les pessimistes sont des optimistes avec de l’expérience

Si Martin Schmid fait aujourd’hui figure de candidat à la succession de Schneider-Ammann, c’est aussi parce que l’absence au sein du Conseil fédéral d’un représentant de la Suisse orientale est très critiquée, de Saint-Gall à Coire. «Je suis toujours très réservé quant à la représentation des régions au sein du Conseil fédéral. C’est davantage une question de sensibilité que de provenance.» Enfant de Splügen, près du San Bernardino, il évoque l’exode rural, le sort des périphéries qui le touche beaucoup.

«C’est pour cela que je m’engage pour les places de travail. S’il y en a, les jeunes restent. Ou ils partent à Coire, comme je l’ai fait». Cette évocation n’efface pas le sourire de Martin Schmid. De nature joviale, il se qualifie lui-même de grand optimiste. «Même si vous savez ce que l’on dit? Les pessimistes sont des optimistes avec de l’expérience».