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Martin Vetterli: «L'EPFL doit être en osmose avec le monde réel» 

Le successeur de Patrick Aebischer lance un avertissement: il ne faut pas réduire les investissements importants pour les générations futures

Le Temps: Qu’est-ce qui vous a motivé à déposer votre candidature?

Martin Vetterli: Le challenge. L’EPFL est une école merveilleuse qui a un potentiel énorme et se trouve à un moment-clé de son développement. J’admire beaucoup ce que Patrick Aebischer en a fait. Il faut s’assurer que l’EPFL reste le fleuron qu’elle est en Suisse et soit l’une des meilleures hautes écoles du monde.

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Le président de l’EPFL doit-il jouer un rôle politique et s’exprimer sur l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers comme vous l’avez fait mercredi?

Le rôle du président de l’EPFL est de rappeler que l’un des grands atouts de la Suisse est son internationalité et qu’il ne faut pas le galvauder. La recherche vit de cette internationalité et sera en difficulté si, à cause de certaines décisions, elle est tenue à l’écart de programmes tels que Horizon 2020. Les gens doivent le savoir. C’est dans cet esprit que je dis que le vote de ce week-end est une épée de Damoclès sur la tête de la recherche et de la formation.

Les perspectives des finances fédérales sont moroses. Comment comptez-vous défendre vos besoins face au monde politique?

C’est en temps de crise qu’il faut investir dans les générations futures. La recherche est un tel investissement. C’est un cercle vertueux à maintenir. Le programme de stabilisation passe le domaine des EPF à la tondeuse. L’effort qui lui est demandé s’élève à 550 millions. C’est proportionnellement bien plus que celui qui est requis des autres secteurs. Il faut être vigilant et expliquer qu’on prend des risques pour l’avenir si l’on n’investit pas ce qu’il faut dans ce domaine.

La hausse des taxes d’études prévue, corollaire de la situation budgétaire de la Confédération, n’est-elle pas démesurée?

Comme il y a un problème de budget, tout le monde doit participer à l’effort. Les taxes d’études n’ont pas beaucoup évolué. Le deal reste bon pour les étudiants si l’on considère la formation et les infrastructures que l’EPFL leur offre.

Patrick Aebischer a développé les sciences de la vie. Vous venez vous-même des sciences de la communication. Allez-vous placer de nouveaux accents?

Je suis agnostique à ce sujet. Ma carrière scientifique appartient plutôt au passé. Je considère l’EPFL comme un portfolio de domaines de recherche. Il faut investir là où il y a le plus grand potentiel. Les sciences de la vie sont extrêmement importantes. Nous continuerons de les développer. Mais ce n’est pas le seul domaine prioritaire.

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On reproche parfois à l’EPFL d’avoir tourné le dos à la formation d’ingénieurs pour privilégier la recherche. Quelle est votre position à ce sujet?

Nous formons les ingénieurs qui inventent le futur, pas ceux du passé. En Europe, on a souvent une vision traditionaliste. J’ai été en bonne partie formé aux Etats-Unis, où le métier d’ingénieur est associé à la Silicon Valley et à la recherche. C’est ça que les EPF doivent faire en Suisse.

Patrick Aebischer a aussi développé les partenariats privés. Or, le Contrôle fédéral des finances se pose des questions et va publier un rapport à ce sujet cet été. Comptez-vous intensifier ces partenariats?

L’EPFL n’est pas une tour d’ivoire. Les partenariats avec le monde réel, avec qui elle doit être en osmose, sont essentiels. Nos étudiants apprécient de pouvoir faire leur travail de master en industrie. Mais cela ne concerne pas que l’industrie. Il peut y avoir des partenariats avec des ONG sur les changements climatiques, par exemple. Il ne faut pas avoir peur de se frotter au monde réel. J’entends bien que le Contrôle fédéral des finances s’intéresse à ça. C’est son rôle.

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