Revue de presse

Avec Martin Vetterli, le sens inné de la mesure entre à l’EPFL

Le calme après «la tempête» Aebischer? Les médias saluent la nomination à la tête de l’EPFL d’un homme qui «dit ce qu’il pense, de manière mesurée mais très claire»

Le Neuchâtelois Martin Vetterli, 58 ans, dirigera donc l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) dès le 1er janvier 2017. Le Conseil fédéral a nommé mercredi pour un mandat de quatre ans ce professeur issu du sérail. Il succédera à Patrick Aebischer, qui aura passé, lui, seize ans à la tête de la Haute Ecole.

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Que dire du nouveau venu? 24 Heures est en tout cas plutôt bienveillant. Est-ce parce qu’avec Martin Vetterli, il n’y a «pas de risque de dérapage médiatique», comme a «envie de (le) dire» son éditorialiste? Oui, il «est plus discret que son prédécesseur», ce qui semble plaire à la fois à Berne et aux Vaudois, parfois ébranlés par le «bulldozer» Aebischer et ses «passages en force – pour la plupart réussis».

Il «mesure ses propos, est adepte de l’équilibre et du raisonnable», mais il «ne sera pas pour autant un pur gestionnaire, pâle, effacé […]. L’homme dit ce qu’il pense, de manière mesurée mais très claire», poursuit le quotidien vaudois. La Neue Zürcher Zeitung, citant Le Temps, pense aussi qu'«au contraire de la boule d’énergie que représente Aebischer, Vetterli est le calme incarné».

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Bref, pour L’Hebdo, c’est «le meilleur des choix»: «Il est assurément l’homme de la situation», écrit le magazine sur son site, en republiant des extraits d’un article publié à l’occasion d’une rencontre avec le professeur à Berne en mai 2014. Le patron du Conseil national de la recherche du FNS, «avec son regard vif et son sourire au coin des lèvres» y avait critiqué le fait que «les présidents de l’EPFL et de l’EPFZ» aillent «à Bruxelles en ordre dispersé». Alors qu'«il faut se serrer les coudes, […] trouver un doux mélange de compétition – pour éviter l’endormissement – et de coopération. Cet homme, guitariste de jazz, a le sens inné de la mesure.»

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Selon lui, «faudrait-il dès lors aller jusqu’à fusionner les deux institutions, comme le suggèrent certaines voix?» A cette question aussi posée lors du Forum radiophonique de RTS Info ce mercredi soir, Vetterli loue, invariablement, les vertus de la concurrence et de la compétitivité: «Ce serait une erreur stratégique. Ce qui fait avancer l’EPFZ, c’est l’EPFL, et inversement.» «Et d’ajouter, avec l’humour qui toujours l’accompagne: «Si Cambridge et Oxford fusionnaient, il n’y aurait plus de courses de bateaux. Impensable! Right?».» Pour L’Hebdo toujours, «plus qu’un chercheur et qu’un enseignant, il a aussi les qualités d’un chef d’orchestre. Faire jouer ensemble des solistes, à la recherche d’une unité dans la diversité.»

«Vetterliwirtschaft», disent les Suisses alémaniques, sourit pour sa part La Liberté. Mais «si l’on en croit son parcours, Martin Vetterli n’a, hormis son patronyme, aucun point commun avec cette expression péjorative, qui équivaut en français à «clientélisme».» En ajoutant que «s’il empoigne son bâton de pèlerin» – le quotidien fribourgeois en doute-t-il? – il «pourra en tout cas s’appuyer sur la crédibilité procurée par son activité dans l’économie réelle», où l’on évoque «une grosse énergie, une connaissance formidable de la technologie, une personne très humaine mais aussi très critique». Donc, «à première vue, rien ne semble pouvoir arriver à l’EPFL», conclut l’article, non sans ambiguïté – involontaire?

«L’homme est taillé pour le job.» La Tribune de Genève reprend les réactions à lire également dans 24 Heures: «A entendre le concerto de louanges qui accompagne sa nomination, Martin Vetterli a la trempe nécessaire. […] Côté politique, les réactions s’apparentent à un passage de pommade. […] [Il] fait également chauffer les encensoirs des milieux économiques.» Son bilan au FNS, à en croire le site allemand JuraForum, apparaît également très bon.

Bilan estime de son côté que «très respectueux des équilibres entre grandes disciplines scientifiques, Martin Vetterli a […] l’avantage d’une maîtrise parfaite du suisse-allemand, ayant commencé ses études à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich après son gymnase à Neuchâtel. Ce sera un atout déterminant dans la difficile négociation qui s’engage sur les budgets futurs des Hautes Ecoles, et en particulier leur répartition entre Zurich et Lausanne.»

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«Très ouvert sur le monde, enchaîne le magazine, bien conscient des enjeux économiques, ce scientifique, qui savait imposer son ironie tranquille au bouillonnant Patrick Aebischer lorsqu’il était vice-président […], n’a en réalité pas d’autre choix que de consolider la croissance de l’EPFL vu le contexte budgétaire. S’il y parvient, on pourra recommencer à parler d’audace.» Alors, comme le dit son collègue de l’Université de Lausanne:

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