L’ancienne conseillère nationale (2003 à 2011) et présidente du Conseil d’Etat genevois avait été candidate au Conseil fédéral dans la course à la succession de Pascal Couchepin en 2009. Mais le groupe PLR l’avait écartée pour soumettre à l’Assemblée fédérale un ticket Didier Burkhalter-Christian Lüscher.

Le Temps: Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre candidature en 2009?

Martine Brunschwig Graf: Le contexte de 2009 a été marqué par des mouvements souterrains dans les arcanes du parlement. Il y avait, entre autres, le scénario possible de se retrouver avec cinq femmes au Conseil fédéral. Ce n’était pas politiquement correct de trouver cela problématique, mais c’était quelque chose de présent dans les têtes. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse qui se produit: le risque existe de n’avoir qu’une seule femme au Conseil fédéral.

Est-il plus difficile d’être candidate en tant que femme d’un parti de droite?

Oui, d’ailleurs on l’a constaté avec Karin Keller-Suter lorsqu’elle a perdu face à Johann Schneider-Ammann en 2010. Il est faux de croire que la gauche vote automatiquement pour une femme par principe. L’idéologie prend le dessus à un moment donné. Les socialistes ne font pas de cadeaux. Je ne sais pas si l’inverse est vrai. Personnellement, j’ai, par exemple, voté pour Simonetta Sommaruga.

Les femmes apportent-elles une autre sensibilité dans certains dossiers, comme on l’a noté lors de la décision historique relative à la sortie du nucléaire en 2011?

Je pense que c’est moins la sensibilité par rapport à un sujet que la volonté de prendre des décisions. Les femmes ne sont pas meilleures que les hommes, mais elles apportent une dynamique différente. C’est la raison pour laquelle la diversité est souhaitable au sein d’un exécutif.

Pensez-vous qu’un Conseil fédéral avec une majorité de femmes aurait eu une attitude différente sur la question de l’exportation de matériel de guerre?

Je ne pense pas que la sensibilité soit une vertu réservée aux femmes. D’ailleurs, Didier Burkhalter, le prédécesseur d’Ignazio Cassis, n’aurait sans doute pas soutenu cet assouplissement de l’ordonnance. Cela dit, j’aurais souhaité que le Conseil fédéral aborde la question de manière différente et je pense que cela aurait été le cas avec une majorité féminine.

Que pensez-vous de Karin Keller-Suter, d’ores et déjà favorite pour la succession de Johann Schneider-Ammann?

Je pense qu’elle a su s’imposer comme une personnalité forte du parlement. La question du genre est en l’occurrence secondaire. Cependant, il est possible que sa position de figure de proue au sein du parti la desserve, étant donné que nous sommes à une année des élections fédérales et que les autres partis hésiteront à offrir une locomotive élective au PLR.

Etes-vous en faveur d’un double ticket féminin pour favoriser l’élection d’une femme?

De manière générale, les doubles tickets me mettent mal à l’aise. De cette façon, on privilégie une femme, peu importe laquelle.

Espérez-vous une dynamique qui permettrait d’élire deux femmes le 5 décembre prochain?

Ce serait très bien. Mais l’important, c’est la qualité des candidatures.

Seriez-vous en faveur d’une formule magique implicite pour l’équilibre des genres au Conseil fédéral?

Elle est dans les têtes, mais cela ne sert à rien d’inscrire ce principe sur le papier. Dans la Constitution, l’équilibre des régions est consacré, mais cela n’a pas empêché le Mittelland d’être surreprésenté au Conseil fédéral avec deux Bernois et le Tessin d’en avoir été absent pendant près de vingt ans.

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