Pour la deuxième fois en quatre ans, l'Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) va entamer la rentrée académique sans directeur attitré. Certains jugent la situation préoccupante (Le Temps du 7 août). Ils mettent en cause la procédure de nomination du directeur, mais aussi le rôle de la patronne du Département de l'instruction publique (DIP), Martine Brunschwig Graf, par ailleurs présidente du Conseil de fondation de l'IUHEI. En guise de réponse, la magistrate libérale livre son analyse.

Le Temps: Avec le départ de Peter Tschopp, l'IUHEI se trouve sans directeur pour la rentrée universitaire. N'est-ce pas inquiétant pour une institution qui a l'ambition d'appartenir aux meilleures écoles de la planète?

Martine Brunschwig Graf: L'histoire de l'IUHEI montre que la nomination d'un nouveau directeur ne s'est jamais faite facilement. L'Institut n'en a pas moins acquis une solide réputation, basée sur la qualité de son enseignement et de celle de ses étudiants. C'est ce à quoi l'institution devra veiller dans le futur.

– Croyez-vous que le comité de gestion que vous venez de mettre sur pied, composé d'un nouveau secrétaire général, de l'actuel directeur financier et d'un professeur, soit une solution transitoire défendable?

– Associer à la gestion un responsable académique, un responsable administratif et un responsable financier permettra de créer une dynamique et une culture commune indispensable dans une institution universitaire. Cette solution représente une chance pour autant qu'elle soit limitée dans le temps.

– Certains estiment que la mise en place de ce comité de gestion, c'est une manière, pour le DIP, d'avoir la mainmise sur l'Institut…

– Le DIP sait respecter la liberté académique et l'autonomie d'une institution privée, même si l'Etat contribue pour plus de la moitié à son financement. Son intervention, au niveau de l'Institut, s'est surtout marquée, ces dernières années, dans le soutien à l'obtention de moyens financiers supplémentaires, tant sur le plan cantonal, intercantonal que fédéral. Le comité de gestion est justement là pour assumer la responsabilité de gestion.

– Quatre candidats étaient en lice pour succéder à l'actuel directeur, Peter Tschopp. Aucun n'a été retenu ou n'a souhaité l'être. Un tel poste est-il si exigeant ou si peu invitant?

– Selon le processus de recherche adopté par la commission chargée de trouver un nouveau directeur, personne n'a fait formellement acte de candidature. La commission avait décidé, sur la base de dossiers examinés et d'auditions, d'entamer des négociations avec un candidat et d'offrir au corps enseignant la possibilité d'auditionner certaines personnes. L'IUHEI est une institution universitaire. Pour le diriger, il faut à la fois comprendre la problématique académique et ses exigences, posséder des capacités de direction, de gestion, de communication et disposer d'un réseau de relations sur le plan international. On ne dirige pas l'Institut comme l'on dirige une entreprise privée. Mais soyez tranquille. Durant les semaines écoulées, l'intérêt pour la direction de l'IUHEI n'a pas faibli si j'en crois diverses manifestations d'intérêt qui me sont parvenues ou qui ont été adressées à certains membres du Conseil de fondation.

– La culture interne de l'IUHEI est-elle en partie responsable de cette situation?

– Ce qui est difficile, c'est de concilier les attentes de chacun. Au sein des facultés universitaires, les professeurs élisent leur doyen. A l'Institut, la responsabilité de directeur dépasse largement celle d'un doyen puisqu'il a en charge sur tous les plans la responsabilité de la maison. Il en répond devant le Conseil de fondation. Il s'agit donc de trouver une personnalité qui fasse preuve à la fois d'indépendance et de capacité d'intégration.

– C'est la deuxième fois que l'IUHEI se trouve sans directeur. Quelques observateurs critiques se demandent si le Conseil de fondation de l'IUHEI est à la hauteur de la tâche. A l'instar des autres grandes écoles spécialisées dans les relations internationales, notamment américaines, ne serait-il pas temps de professionnaliser la recherche de candidats en la confiant à des experts en lien direct avec le milieu académique international?

– On peut envisager plusieurs méthodes. J'ai obtenu parfois de très bons résultats par le biais de consultants, et parfois des résultats très décevants. Le Conseil de fondation est formé de gens compétents et assumant des responsabilités importantes. Détail intéressant: sa composition a fortement changé et la plupart des membres n'étaient pas présents lors de la nomination du précédent directeur; cela démontre simplement que la tâche est délicate.

– La quête d'un nouveau directeur, pour l'IUHEI, semble buter sur un problème récurrent: la nécessité pour le candidat d'avoir une visibilité internationale et/ou de sérieuses références académiques. N'est-ce pas un faux problème? Ne faut-il pas simplement une personne compétente?

– Il faut certainement une personne compétente, il faut aussi que cette personne soit capable d'inspirer la confiance. L'IUHEI doit être capable, à l'avenir, de renforcer sa visibilité sur le plan international et de se positionner de façon déterminante dans le domaine de la qualité académique.