Genève

Martine Brunschwig Graf: «J’ai mis à la porte une dizaine d’enseignants»

L’ancienne cheffe du Département de l’instruction publique n’a pas hésité à licencier des professeurs coupables de relations avec des élèves. Mais elle estime ne pas avoir eu suffisamment d’éléments contre Tariq Ramadan

Des années nonante, lorsque Tariq Ramadan enseignait au Collège de Saussure, provient un long bruissement. Où domine l’impression que beaucoup de monde savait, sans dénoncer pour autant. Que régnait une forme d’omerta. Le directeur de l’époque, Jean-Jacques Forney, a fait savoir au Temps qu’il ne répondrait pas aux questions. Martine Brunschwig Graf était à la tête du Département de l’instruction publique dans les années nonante. Elle s’explique sur les raisons qui auraient empêché de mener une enquête approfondie.

Lire aussi: Comment Tariq Ramadan envoûtait ses élèves

Le Temps: A l’époque, en avez-vous assez fait?

Martine Brunschwig Graf: Honnêtement oui. J’ai mis à la porte durant mon mandat sans doute une dizaine d’enseignants coupables de relations avec des élèves ou d’autres délits de ce type. Certains faits se sont passés à l’école primaire, dans certains cas, l’élève était peut-être consentante, dans un cas au moins il y avait prescription sur le plan pénal. Je n’aurais pas hésité à sévir dans le cas de Tariq Ramadan si j’avais eu en main les éléments nécessaires. Agir sans éléments suffisants peut ruiner un cas sur le plan légal.

– Le journal «Le Courrier» affirme pourtant que vous aviez été alertée sur Tariq Ramadan.

– Il a été fait état de rumeurs, venant d’une personne qui faisait état d’autres personnes faisant état d’un comportement répréhensible de cet enseignant avec des élèves. Rien de concret, uniquement des rumeurs. Sur cette base, j’ai fait la seule chose possible, demander à la direction du collège et à la direction générale d’être vigilantes. Je l’ai refait d’ailleurs en quittant le DIP.

A ce sujet: «Affaire» Tariq Ramadan: «loi du silence» au DIP genevois

– C’est donc que vous accordiez du crédit à ces rumeurs!

– Les rumeurs nécessitent de la vigilance. Elles ne sont pas des faits, elles ne permettent pas de diligenter une enquête sans autres informations. Mais j’estimais aussi que cet enseignant exerçait une emprise sur ses élèves féminines, ainsi qu’on pouvait le constater notamment aux promotions où on le voyait entouré d’élèves admiratives.

– Cela ne valait-il pas une enquête?

– Il n’y a pas de base légale pour ouvrir une enquête administrative sur la base de rumeurs et de témoignages anonymes. Or, à aucun moment je n’ai eu le moindre nom d’élève ou de période précise. Ce cercle vicieux perdure d’ailleurs aujourd’hui, puisque aucune de ces femmes ne témoigne à visage découvert.

– Le directeur du collège à l’époque a-t-il manqué de courage?

– Je pense qu’il aurait dû informer l’autorité (direction générale et présidente du DIP) des faits qu’il avait été amené à connaître, selon ce que j’ai cru comprendre de ses déclarations dans un journal. Cela aurait permis d’intervenir.

Lire également: La gauche genevoise sonnée et mutique

Publicité