«Est-ce que la formation et la recherche ne sont pas assez importantes dans notre pays pour mériter leur propre département fédéral?» Alors que l'on débat en Suisse d'un nouvel article constitutionnel sur les universités, dans un article publié hier par la NZZ, Martine Brunschwig Graf, cheffe du Département genevois de l'instruction publique, s'attaque à un tabou politique. Celui qui empêche de rassembler sous une seule autorité enseignement spécialisé et enseignement universitaire. Au passage, en plaidant pour un renforcement du pôle fédéral «enseignement et recherche», la ministre genevoise ne craint pas de donner quelques frissons aux fédéralistes soucieux de la souveraineté cantonale en matière d'enseignement.

Erreur de planification? L'article de la conseillère d'Etat genevoise paraît quelques jours après le rejet par le Conseil fédéral d'une motion libérale qui demandait de procéder à une réorganisation des départements et de confier à un seul l'ensemble des tâches dévolues à la formation, à la recherche et à la culture. Le Conseil fédéral n'entend manifestement pas revenir sur sa réforme de 1997, qui avait déjà regroupé au sein de deux départements le volet maturité et universités (Département fédéral de l'intérieur) et le volet formation professionnelle et hautes écoles spécialisées (Département de l'économie).

Coordination nécessaire

Pour Martine Brunschwig Graf, les réformes du gouvernement n'ont jusqu'à présent apporté aucune solution à la difficulté de coordonner les deux types d'enseignement, et surtout aux besoins de mobilité et d'harmonisation des diplômes. Elle évoque ainsi la complexité de la répartition des moyens et des mandats entre universités, Confédération, cantons, Conférence universitaire, etc. Le Conseil fédéral se satisfait d'une coordination grâce à un comité de pilotage. Certains plaçaient leurs espoirs dans la désignation d'un «ministre délégué». Ce n'est de toute évidence pas suffisant pour la conseillère d'Etat, si l'on veut permettre l'élaboration d'un système cohérent dans lequel des partenaires forts pourraient développer leur vision de la formation en général et la formation de haut niveau en particulier. Ceci alors que les fédéralistes ont jusqu'à présent soigneusement évité de renforcer les pouvoirs de la Berne fédérale en matière de formation, pour protéger les prérogatives des cantons en matière d'enseignement obligatoire, mais aussi les liens particuliers avec leurs universités. «Ce n'est pas un danger, estime la ministre genevoise. Il y a déjà des tâches partagées entre cantons et Confédération, cette dernière a des compétences propres. Cela n'empêche pas les cantons de rester très impliqués. Il y a les structures et le contenu. La Confédération doit mieux s'investir dans le contenu et la qualité.»