Onze ans d'exécutif cantonal, quatre ans de députation genevoise, un an de législatif fédéral. La libérale Martine Brunschwig Graf est une politicienne accomplie qui n'apparaît pas dans le livre d'Esther Girsberger. La discrimination des femmes au pouvoir, elle n'y croit pas.

Le Temps: Quel est le secret de votre longévité en politique?

Martine Brunschwig Graf: Je ne crois pas qu'il y ait de recette. Mais je dirais qu'il faut être capable, en tant que politicienne, de lier le fond et la forme. La bonne tenue des dossiers est plus importante que le show, mais nous devons accorder toute son importance à la communication. Ma devise: dire ce que je fais et faire ce que je dis.

– Pourquoi certaines femmes ne parviennent-elles pas à asseoir leur pouvoir?

– Si on a des problèmes durant un mandat, ce n'est pas à cause du genre, mais à cause de conjonctions politiques défavorables ou de dossiers difficiles. Un de mes collègues dit toujours que, pour faire de la politique, il ne faut pas avoir une peau de jeune fille. Ce n'est pas discriminatoire. Cela signifie seulement qu'il faut avoir le cuir dur. Ce qui peut être le cas pour beaucoup de femmes. Décider expose, et la bataille ne commence qu'après la prise de décision.

– On parle souvent du manque de réseaux des femmes…

– Le réseau est important lors de la première élection. Mais certaines s'en sont passées. La conseillère d'Etat zurichoise Rita Fuhrer était femme au foyer avant d'être élue. Elle n'avait donc pas de réseau à proprement parler, mais ça a marché. Durant les mandats, on a l'occasion de faire de nombreuses connaissances. Un réseau ne se constitue pas quelques mois avant une réélection. Pour ma part, je soigne toujours mes contacts par nature et pas par intérêt.