hautes écoles

Martine Rahier quittera en été 2016 le rectorat de l’Université de Neuchâtel

Après deux mandats de quatre ans à la tête du rectorat de l’alma mater neuchâteloise, l’ancienne professeur d’entomologie et d’écologie animale d’origine belge a confirmé au Temps qu’elle ne briguera pas de troisième mandat. Elle a transmis officiellement sa décision au Conseil d’Etat

«Si le canton était le principal financeur de l’université, il s’en préoccuperait davantage»

Neuchâtel Après huit ans à la tête de l’université, la rectrice Martine Rahier se retirera, en été 2016

Entretien en forme de bilan

La rectrice de l’Université de Neuchâtel, Martine Rahier, 60 ans, a fait savoir à l’autorité qui l’avait nommée en janvier 2008, le Conseil d’Etat, qu’elle ne briguera pas de troisième mandat en été 2016. L’ancienne professeure d’entomologie et d’écologie animale a confirmé son retrait au Temps. Le nom de la première femme rectrice de Suisse, d’origine belge, restera associé au développement de centres de compétences dans la petite université, dont les effectifs d’étudiants ont augmenté de 15% durant son double mandat. Mais aussi aux affaires qui ont écorné l’image de l’alma mater, liées aux accusations de plagiat et de mobbing ou aux soupçons de factures de frais gonflées, dont l’université a été lavée par un audit de KPMG.

Le Temps: Pourquoi quitter le rectorat de l’université et l’annoncer un an et demi avant?

Martine Rahier: C’est le temps nécessaire pour recruter un nouveau recteur. J’entends favoriser une bonne transition. Huit ans à la tête de l’Université de Neuchâtel, c’est la durée record. J’aurai 62 ans en été 2016. Si j’avais sollicité un nouveau mandat, je n’aurais pas pu le mener à terme. Faire les choses à moitié ne me correspond pas. Le troisième élément est lié à la réforme de la loi neuchâteloise sur l’université, actuellement en consultation. Il est judicieux qu’il y ait une synchronisation entre son entrée en vigueur et l’arrivée d’un nouveau recteur.

– Etes-vous fatiguée?

– Je suis en pleine forme et j’ai grand plaisir à effectuer mon travail. Mais après huit ans, il est temps de laisser la place à d’autres personnes et à de nouvelles idées.

– Seule femme à la tête d’une université en Suisse, êtes-vous parvenue à faire votre place dans le monde des recteurs?

– Je crois que oui. On m’a même confié la présidence de swissuniversities qui réunit les universités, les hautes écoles et les HEP. Entre recteurs, les échanges sont bons, indifféremment du sexe. Ils ont été fructueux puisque nous avons pu conclure des partenariats avec les Universités de Lausanne et de Genève. Je me réjouis de voir arriver une rectrice à l’Université de Fribourg, Astrid Epiney.

– Vous avez pourtant cultivé la discrétion, alors que d’autres recteurs sont omniprésents sur la place publique…

– C’est lié à ma personnalité. Cela ne signifie pas que je n’ai pas été active. En général, je ne refuse pas un entretien aux médias lorsqu’on me sollicite.

– Ces dernières années, on a surtout parlé de l’Université de Neuchâtel pour les affaires et les facultés à fermer. Ne sort-il rien d’autre de votre institution?

– Le développement de centres de compétences contrebalance largement les crises que vous évoquez. Crises bien réelles, je n’élude aucunement. Elles ne nous sont d’ailleurs pas propres, et elles ont eu un retentissement disproportionné. A chaque fois, nous avons fait face, modifié nos processus. Les crises sont aussi des opportunités qui nous poussent à nous réformer. Je suis persuadée que l’université en est sortie renforcée.

– Après quatre ans à la tête du Conseil de l’Université, Dick Marty s’en est allé en 2013, regrettant le peu de reconnaissance du monde politique envers l’université. Faites-vous le même constat?

– Je le partage, avec des nuances. On ne s’intéresse à l’université que lorsqu’elle a des problèmes. Trop peu pour se féliciter des réussites. Le canton de Neuchâtel nous verse une subvention de 47,6 millions en 2014, contre 47 millions en 2009. Il assume une part toujours moins importante de notre budget, 33,4% en 2014, bien en dessous des universités voisines. Entre 2009 et 2014, le nombre d’étudiants a augmenté de 15%, de 3800 à 4400, le budget global de l’institution de 17% à 142,5 millions. Nous avons comblé l’écart avec des fonds obtenus à l’extérieur, ce qui démontre la qualité de nos projets de recherche. C’est flatteur pour l’université, mais cela fragilise nos fondations. Peut-être que si le canton était le principal financeur de l’université, il s’en préoccuperait davantage.

– Si vous deviez mettre en exergue une avancée réalisée durant votre mandat…

– Nous avons certes dû abandonner des instituts, comme la microtechnique, la géologie ou la physique, décisions antérieures à mon rectorat, et bientôt la théologie. Nous avons su réagir et viser l’excellence dans des domaines clés. Comme les sciences cognitives ou au travers de la direction de deux centres nationaux de compétences NCCR, celui de la survie des plantes que j’avais mis en place à partir de 2001 et le pôle immigration, qui nous place au centre des enjeux actuels.

Nous entendons être l’université généraliste de l’Arc jurassien pour le bachelor et une haute école de niche dans quelques domaines spécifiques. La stratégie fonctionne puisque nous décrochons de nombreux financements pour nos projets. Un chercheur de l’Université de Neuchâtel a autant de chances de voir son projet retenu qu’un professeur d’une autre université.

– Qu’est-ce qui séduit, dans une petite université comme la vôtre?

– La proximité entre les étudiants et les professeurs. Ce n’est pas qu’une question de nombre d’étudiants par professeur, c’est un état d’esprit. Nous avons des étudiants venus pour un semestre de mobilité et qui restent à Neuchâtel pour terminer leurs études.

– Que ferez-vous, à partir de l’été 2016?

– Je n’y ai pas encore songé. Je ferai certainement un trek dans l’Himalaya. Même si je n’y suis pas née, je vis à Neuchâtel depuis vingt ans. Je m’y sens chez moi. Je compte y rester.

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