Le 14 avril, les représentants de Taïwan à Berne remettaient à la Suisse 400 000 masques de protection, un don qui s’inscrit dans une opération d’aide à 11 pays européens avec 7 millions de masques délivrés en tout. Aussitôt, les remerciements publics envers l’île sont exprimés par la voix d’un ministre des Affaires étrangères (Pologne ou Lituanie) ou une représentation semi-officielle à Taipei (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.). Il y a toutefois une exception: la Suisse. Aucune communication n’est faite en réponse à cette diplomatie du masque made in Taïwan.

Croix-Rouge suisse

Du côté taïwanais, on explique qu’il s’agit d’une assistance humanitaire envers des pays «amis» ou «partageant les mêmes valeurs». En ce qui concerne la Suisse, Taipei se rappelle par ailleurs l’aide apportée par Berne lors d’un tremblement de terre qui avait frappé une partie de l’île en 1999. Interpellé pour savoir où sont passés ces masques, le Département fédéral des affaires étrangères répond que «ce don a été fait à des organisations privées» et que la Confédération n’a donc pas à exprimer des remerciements. Dans les médias taïwanais, un reportage montre le maire de Berne, Alec von Graffenried, remercier Taïwan en compagnie de son représentant à Berne. Le conseiller d’Etat tessinois Marco Chiesa (UDC) apparaît pour sa part dans une vidéo pour saluer «ce beau geste d’amitié et de solidarité».

Marco Chiesa, qui préside le groupe parlementaire Suisse-Taïwan, indique que ces masques ont été remis à la Croix-Rouge suisse. Ce que confirme sa porte-parole, Katharina Schindler: «Nous les avons fait tester par le laboratoire NBC de Spiez, comme pour toute autre livraison, et ils sont de grande qualité. A partir du 22 avril, nous les avons distribués aux organisations membres de la CRS pour leur permettre d’assurer leur service à la population.»

De source taïwanaise, on apprend qu’une lettre signée d’une dizaine de parlementaires fédéraux a été adressée à la présidente Tsai Ing-wen pour saluer ce geste alors que le Bureau du commerce des industries suisses à Taipei (représentation semi-officielle de la Suisse à Taïwan) aurait transmis une lettre de remerciement aux autorités de l’île. Sans publicité.

Dons privés chinois

Considéré comme un «territoire rebelle», Taïwan fait partie d’«une seule Chine» selon Pékin, un principe que les Etats qui nouent des relations diplomatiques avec la République populaire doivent reconnaître. Au moment où les pays européens doivent s’approvisionner d’urgence en masques et autre matériel de protection médicale en provenance, le plus souvent, de Chine, il est délicat d’afficher un lien de réciprocité avec l’île. Les représentants de l’ambassade de Suisse en Chine saluent par contre publiquement les dons de sociétés privées chinoises «à la Suisse», comme l’indiquait ces jours-ci la communication d’un géant chinois du commerce électronique à la presse suisse.