L’école n’a jamais fait couler autant d’encre que lors des deux dernières semaines. L’annonce du Conseil fédéral de vouloir rouvrir les établissements scolaires le 11 mai prochain a soulevé de nombreuses interrogations, dont les réponses devraient tomber ce mercredi à l’heure de la conférence de presse du gouvernement. Enseignant au cycle d’orientation de Savièse, en Valais, Mathias Reynard attend avec impatience les détails d’un retour en classe. Mais le socialiste n’oublie pas ses autres casquettes: de politicien, de président de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national, mais aussi de syndicaliste. Explications.

Le Temps: Le Conseil fédéral doit donner des précisions ce mercredi concernant la reprise de l’école le 11 mai. Depuis plusieurs jours, on voit apparaître des divergences entre les cantons. Berne ne devrait-il pas prendre une décision valable pour l’entier du pays?

Mathias Reynard: La Confédération doit harmoniser au maximum, c’est certain, mais l’éducation demeure, en priorité, du ressort des cantons. Ce n’est donc pas un problème s’il y a une différence de sensibilité sur certains points, comme on peut le voir concernant les examens de maturité par exemple. C’est un juste équilibre à trouver entre les demandes des cantons latins, plus touchés par la pandémie, et celles de la plupart des cantons alémaniques qui n’ont pas la même compréhension de la crise. En revanche, là où il y a un réel besoin de clarification, c’est en ce qui concerne les mesures sanitaires à prendre pour la reprise le 11 mai.

En tant qu’enseignant, vous devez avoir quelques informations à ce sujet…

Non, nous sommes en attente des conférences de presse de cette semaine. Il y a un besoin de clarification légitime chez les parents, les élèves et les enseignants. Je suis en contact avec Christophe Darbellay [le chef du département valaisan de l’économie et de la formation], mais avec ma casquette de président de la Commission de l’éducation du Conseil national. Les informations relatives à la reprise seront données ce jeudi par le canton et on se dirige vers une solution raisonnable et par petits pas.

Quelles sont vos attentes spécifiques pour cette reprise?

Les consignes doivent être claires et faire passer la santé avant tout. Les professeurs et les élèves à risque, ainsi que les personnes qui vivent avec des personnes à risque, doivent avoir un droit de retrait absolu. Ils ne doivent pas se rendre en classe. Pour le reste, nous devons faire confiance aux experts sur les aspects sanitaires, s’ils nous disent par exemple que les enfants ne sont pas vecteurs du virus ou que les écoles doivent faire partie des premiers lieux à rouvrir. Nous, politiciens, devons avoir l’humilité de nous taire à ce sujet, ils sont bien mieux formés que nous pour décider de ces choses-là. En revanche, nous devons agir sur les mesures politiques.

Comment pouvez-vous le faire en cette période où le Conseil fédéral a décrété l’état de situation extraordinaire et tient dès lors, seul, les rênes du pays?

Nous devons agir sur la protection des travailleurs, sur le soutien aux structures d’accueil de l’enfance ou encore sur les moyens qui mis à disposition pour le rattrapage, qui sera nécessaire à de nombreux élèves lors de la prochaine rentrée scolaire estivale. Fin août, tous les élèves doivent repartir avec les mêmes bases car, lors de cette période d’école à la maison, il y a eu du décrochage scolaire. Malgré toutes les mesures mises en place, l’école à distance augmente les inégalités. Les enfants dont les parents ont dû continuer à travailler et qui se sont retrouvés livrés à eux-mêmes ou ceux qui n’ont pas de matériel informatique ont été désavantagés.

Dès le début de la prochaine année scolaire, il faudra mettre en place des cours de mise à niveau pour assurer les mêmes bases à tous les élèves et éviter des décrochages scolaires dès les premiers jours de cours. C’est l’égalité des chances qui est en jeu. Je le constate dans mon travail au quotidien: il y a du positif dans l’école à distance, d’importants progrès ont été réalisés dans ce domaine en peu de temps et seront utiles pour l’école de demain. J’ai considérablement augmenté mon temps de travail pour mes cours durant cette période (en tentant de varier les supports, en passant par des cours en ligne mais aussi la création de vidéos YouTube), mais rien ne remplace le contact réel avec les élèves. L’école à distance a ses limites et il est donc important pour les élèves de pouvoir retourner en classe. Il y a un certain soulagement à ce niveau.