Communales

Mathieu Blanc, le combattant blessé

La course à la municipalité lausannoise du candidat PLR Mathieu Blanc s’est brusquement arrêtée dimanche. Questionnant la stratégie de la droite, la possibilité d’un rééquilibrage de la ville et son investissement personnel, l’homme se livre dans un témoignage intime

Le samedi matin au marché, les passants s’adressaient déjà à Mathieu Blanc en l’appelant «Monsieur le municipal». Lui qui plaçait au-dessus de tout la réussite basée sur le mérite, avait mis sa vie privée entre parenthèses et tirait sa fierté d’être présent sur 90% des stands du parti, remet toute sa vie en question, y compris son engagement politique et sa carrière professionnelle. Dimanche, il a échoué à entrer à la Municipalité lausannoise à 80 voix de son colistier.

Depuis que les six candidats du bloc de gauche rouge-rose-vert sont passés au complet, au 1er tour des élections à la Municipalité lausannoise, il ne reste plus qu’une place vacante. Le duo PLR, si soudé durant la campagne, s’est dissout: Quelques minutes après que le verdict soit tombé, Mathieu Blanc déclarait forfait. Le 20 mars, Pierre-Antoine Hildbrand sera le seul représentant de la droite à briguer le 7e siège.

Pourtant, rien ne laissait présager la réalisation de ce que le PLR appelait le «scénario catastrophe». Les affiches et flyers préparés en vue du second tour affichaient déjà les visages du tandem «Hildblanc», et leur slogan «Un meilleur équilibre pour une meilleure ville» ne fait désormais plus sens.

«Je n’ai pas encore complètement compris que c’était fini. Pour l’instant, j’ai l’impression d’avoir perdu un proche: tout le monde vient me réconforter. Il faudra peut-être que je m’éloigne un moment afin de tourner la page», s’épanche-t-il. Mathieu Blanc n’a pas décroché tout de suite, lundi encore il se trouvait à l’assemblée de son parti, mardi au Conseil communal et il se tient à la disposition du candidat PLR restant pour l’aider dans sa campagne. Même s’il récolte cinquante voix de plus au législatif, pas question pour l’avocat d’affaires de se présenter contre Pierre-Antoine Hildbrand. «C’est une question d’éthique».

Le lendemain de sa défaite, «pour essayer de comprendre», Mathieu Blanc s’est rendu à la librairie, trouver réconfort auprès des mots d’Alain Juppé, qui lui aussi un jour est passé par là.

Candidat inconnu il y a cinq ans, Mathieu Blanc n’avait déjà pas réussi à s’emparer d’un second siège aux côtés d’Olivier Français. Depuis, il a «ratissé le terrain». «J’ai par exemple pris la présidence de l’USL (Union des sociétés lausannoises) dans la perspective de ces élections. J’ai montré mon attachement au tissu associatif de la ville, je me suis engagé de manière très forte, et même au-delà». Certains PLR rient de le voir prendre en main l’organisation du parti. «Pas deux jours ne passaient sans que l’on fasse une action».

Depuis dimanche, Mathieu Blanc tourne d’insolubles questions dans sa tête, à s’en créer des insomnies. Qu’est-ce qui a empêché la droite de reprendre un second siège, perdu il y a dix ans? Le PLR doit-il se résoudre à l’idée que Lausanne est définitivement une ville de gauche? Une liste à deux, sans coalition avec le centre ou l’UDC était-elle appropriée? «Peut-être devrait-on prolonger notre campagne sur le terrain ces cinq prochaines années, présenter une femme aux côtés du municipal sortant Pierre-Antoine Hildbrand, et se positionner davantage dans l’opposition au parlement communal. Mais une chose est sûre: un candidat d’extrême-gauche, inconnu au bataillon, qui fait dix mille voix de plus que nous, démontre la force des listes de bloc. Les socialistes sont des gens qui votent groupés».

«La politique est, par définition, un lieu de passion; donc d’enthousiasme et de souffrance», disait justement l’ancien Premier ministre Alain Juppé. L’ex-candidat à la municipalité lausannoise est incertain quant à la poursuite de ses mandats. «Rester conseiller communal et être assis face aux municipaux parmi qui j’aurais pu siéger ne sera pas simple». Par contre, il ne remet pas en question sa fonction de député au Grand Conseil. «Quand on est passionné, on ne peut pas arrêter. Je comprends les politiciens de l’Hexagone qui envoient tout balader le soir de leur défaite et reviennent quelques temps plus tard. Je suis entré à 18 ans au parti libéral et n’imagine pas ma vie sans cet engagement».

«Ce qui me fait le plus de mal, c’est de penser à ceux qui m’ont soutenu et qui doivent être déçus», confie Mathieu Blanc, les yeux humides. «Mon père venait distribuer des tracts avec moi. Mon grand-père, qui vit ses derniers jours, aurait été tellement fier de me voir accéder à la Municipalité».

Exclu de l’exécutif de la ville, les perspectives électorales de l’homme de 35 ans s’appauvrissent. «Je trouverais arrogant de viser le Conseil d’Etat, comme certains de mes collègues me le proposent. D’autres m’ont suggéré de viser les Municipalités de leurs communes». Tout est à réinventer.

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